COMÉDIE MUSICALE – Au Casino de Paris, la comédie musicale culte de Broadway fait son grand retour avec Shy’m en tête d’affiche jusqu’au 31 janvier. Une satire grinçante du star-system et de la justice américaine, portée par des interprètes incandescentes. Drôle, chic et férocement cynique : un spectacle à ne pas rater pour les fêtes de fin d’année.
Scène de crime
Petit rappel de l’histoire : dans le Chicago sulfureux des années 1920, Roxie Hart, une bonne petite ménagère, qui s’ennuie ferme auprès de son mari, prend pour amant un livreur d’équipements ménagers avant de le flinguer quand celui-ci menace de la quitter. Direction la prison, où elle croise tout un groupe de meurtrières sympathiques et attachantes, dont la célèbre Velma Kelly, qui a liquidé sa sœur et son mari adultère. Toutes deux font appel au service d’un avocat aussi véreux que talentueux, Billy Flynn. Manipulation, corruption, coups d’éclat médiatiques : tout est bon pour faire les gros titres et vivre sous les spotlights.
Créé en 1975 par le trio Fosse/Ebb/Kander et adapté d’un fait divers, ce classique de Broadway, déploie la chronique féroce d’une Amérique fascinée par le sensationnalisme et la célébrité instantanée. Un miroir troublant tendu à notre époque, où le scandale se monnaye en notoriété. Sans oublier une dimension résolument féministe.

French touch
On redoutait que l’adaptation française n’édulcore le propos. Mais il n’en est rien : les dialogues et les chansons conservent intact leur humour cynique. La scénographie reprend celle de 1996 et jouée à Mogador en 2018 où la sobriété et le minimalisme permettent de se concentrer sur les chorégraphies, la musique et le jeu des acteurs. L’orchestre, véritable personnage du show, est juché sur une estrade en fond de scène, entouré d’un cadre doré, dialoguant avec la troupe et jouant un jazz irrésistible agrémenté de bruitages savoureux. Quelques accessoires – de grandes échelles notamment – et un jeu de lumière subtil magnifient l’ensemble.

Shy’m bright
Tout en noir, corsets, nuisettes, chapeaux melons, les acteurs délivrent une performance électrisante, drôle et sensuelle à souhait. Shy’m dans le rôle de Velma Kelly surprend par sa justesse, que ce soit dans son jeu, son chant ou sa danse. Hilarante et émouvante dans le rôle de la vedette sur le déclin, elle est tout simplement magnétique ! Face à elle, Vanessa Cailhol (Molière 2024 de la meilleure comédienne) éblouit en Roxie Hart. Leur duo, tour à tour complice et rival, crépite d’énergie. Jacques Preiss, vu récemment dans Les Misérables, compose un avocat véreux d’une roublardise délectable. Waku Malanda impressionne en Mama Morton et J. Lebraud est hilarant en Mary Sunshine. On retiendra aussi la performance touchante de Pierre Samuel en Amos Hart, en particulier dans le morceau « Monsieur Cellophane ». Quant aux chorégraphies d’Ann Reinking, inspirées du style iconique de Bob Fosse, elles virevoltent avec une élégance millimétrée.

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Vous l’avez compris, Chicago est vraiment une belle surprise et mérite amplement le détour au Casino de Paris pour swinguer durant les fêtes. Le public était enthousiaste : standing ovation assurée. De quoi donner envie de revoir le film de Rob Marshall.

