AccueilSpectaclesComptes-rendus de spectacles - InstrumentalJodyline Gallavardin : étoile filante à la Scala Paris

Jodyline Gallavardin : étoile filante à la Scala Paris

CONCERT – 18 novembre 2025, 20h. À la Scala Paris, la nuit tombe d’un seul coup. La salle d’un bleu profond, presque liquide présente une scène plongée dans le noir. Au centre, un piano à queue Yamaha (et la précision n’est pas un détail) attend, couvercle grand ouvert, comme un vaisseau prêt au décollage. 

Avant un rêve

C’est dans ce décor onirique, entre rêve et apesanteur, que Jodyline Gallavardin présente Nuit Blanche, un concert imaginé comme une traversée de ses propres visions nocturnes. Une coproduction Scala Paris / Pianissimes, donnée à l’occasion de la sortie de son deuxième disque, le premier ayant déjà été produit par la Scala. La boucle est bouclée.

Elle apparaît, immobile une seconde, visage tourné vers l’intérieur, puis s’assoit. Pas de discours : la musique commence comme on entre dans un rêve, après un moment introspectif.

Les éclairages, chauds, légèrement rosés, dorés même, sculptent son visage et ses mains. Dès les premières notes, on comprend : l’heure sera suspendue. Le jeu est velouté, souple, d’une sensualité musicale qui n’a rien d’appuyé. Pas de partitions, évidemment. Gallavardin joue en état de grâce, yeux souvent fermés, tête levée dans les passages intenses comme si quelqu’un, quelque part, soufflait les notes à son oreille.

Nébuleuses

La maîtrise du poids de la touche est stupéfiante : dans les pianissimi, la distinction entre les deux mains (toutes deux minuscules en volume) reste parfaitement lisible. Le public, pétrifié d’attention, écoute comme des enfants à qui l’on raconte une histoire pendant que le ciel, dehors, s’est orné d’étoiles… en oubliant une sur scène.

Le programme est audacieux : Lourié, Vasks, Scriabine, Séverac : un voyage dans des mondes peu fréquentés, mais tous métamorphosés par son regard. Chaque œuvre reçoit sa signature sonore, immédiatement reconnaissable, comme un sceau. Chez Scriabine (Sonate n°2), elle déploie un jeu de poignet impressionnant : bras fixe, main gauche rigide, main droite souple, presque liquide. Un contraste physique saisissant, mais totalement cohérent musicalement. La fin de l’œuvre, douce-amère, laisse une lumière étrange dans la salle.

Harmonie des sphères

Puis vient Déodat de Séverac, Les Naïades et le Faune indiscret. Et là, doute : s’agit-il toujours d’un piano ? Le toucher devient si aérien, si délié, qu’on croirait entendre une harpe. Les bras sont élastiques, les mouvements minimaux : un fouetté pianistique parfait, démonstration de virtuosité sans la moindre ostentation.

Les applaudissements fusent dès la dernière note. La salle s’illumine enfin, comme réveillée d’un rêve dont elle ne voulait pas sortir. Et Gallavardin, malicieuse, revient pour un bis espiègle, joué avec humour, presque en dialogue avec le public, qu’elle fait applaudir en rythme. Ce n’est pas seulement une pianiste : c’est une conteuse, une partenaire de jeu, une présence scénique charmante.

À lire également : Voyages à l’italienne à La Scala (de Paris)

Puis, entre deux saluts, elle glisse une petite bombe : elle vient de signer chez Yamaha en tant qu’artiste officielle (et oui il faut suivre, ça avait son importance en introduction !). La salle éclate d’un nouveau tonnerre d’applaudissements. L’annonce est autant une fierté pour elle qu’une évidence pour quiconque l’a entendue ce soir. Et on dira dans quelques années (ou quelques mois) “Jodyline Gallavardin ? Bien sur que je connais, je la suis depuis la Scala Paris”.

Sur le même thème

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.

Vidêos Classykêo

Articles sponsorisés

Nos coups de cœurs

Derniers articles

Newsletter

Twitter

[custom-twitter-feeds]