DISQUE – L’album, sorti le 10 octobre 2025, chez Maison Bleue / Socadisc, est intitulé avec un rare à propos Come Bach. Le titre synthétise à la fois le jeu de langues, de mots et d’assonances, le jeu de formes que l’on retrouve dans la composition, et le projet porté par le disque : ramener Bach parmi les vivants.
Le répertoire que sélectionne Vincent Beer-Demander porte au plus haut l’exercice de la transcription, ici pour mandoline et mandole (plus grave, comme l’alto pour le violon) d’œuvres pour violon seul de Bach, pour en isoler le potentiel polyphonique. Deux formes sont privilégiées pour leur lisibilité et leur pureté : la Fugue (pièces contrapuntiques extraites des sonates pour violon seul BWV 1001, 1003, 1005) et la Chaconne (thème et variations sur une basse obstinée BWV 1004).
Bach to the basics
Le répertoire que suscite l’interprète porte également au plus haut, sans pastiche ni paraphrase, le dialogue subtil entre certaines œuvres de Bach et ceux de cinq compositeurs contemporains : Jean-Claude Petit (la Fugue BWV 1001), Alexandros Markéas (la Fugue BWV 1003), François Rossé (hommage à la filiation), Lionel Ginoux (le silence-matière) et Pierre-Adrien Charpy (les notes-signature de BACH).
L’intention profonde du projet est doublement de l’ordre de la Révélation :
- faire du timbre et de la résonnance propres à la mandoline une épure pour retisser l’Art de la fugue
- faire de l’appropriation du matériau de Bach par des compositeurs d’aujourd’hui aux esthétiques très différentes, l’expression de sa quintessence
L’une et l’autre formes de révélation appellent une écoute de près, une écoute de chambre, découlant de la singularité sonore de la mandoline. Quelque part entre la résonance de guitare et la clarté du clavecin.
Bach to the future
À un tel dessein, doit répondre, et c’est le cas, une qualité d’interprétation particulière : tout en finesse, en précision, en diversité d’attaque et de vibration. Dans les transcriptions, le violon et sa technique d’archet disparaissent au profit de la pensée polyphonique de Bach.
Avec les œuvres contemporaines, s’opère une continuité intime entre la manière baroque et la liberté d’écriture du présent, qui rend compte à la fois de la pensée structurée de Bach et des écritures contemporaines, profondément fragmentées ou planantes. Ces compositeurs montrent, chacun à leur manière, la dimension de la musique de Bach à être un point de départ et à résister à toutes les transpositions, les manipulations, les appropriations, comme un centre de gravité, un noyau structurant.
Bach to Bach
L’album Come Bach s’écoute comme un tout : un parcours de dévoilement et de réécoute de l’œuvre de Bach, dans laquelle interprétation et composition sont un même geste. C’est là aussi que réside la subtilité du projet… On notera également la qualité du livret signé Lionel Pons, à la fois guide d’écoute et mise en perspective.
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Ce disque s’adresse aux publics du baroque et du contemporain, qui ont parfois en commun de rechercher une même tension entre simplicité et sensualité, purisme et liberté, structure et timbre, qui plus est ici, à la faveur d’un instrument inhabituel. Ce dernier intéressera un public plus large, épris de sonorités inouïes.
Pourquoi on aime ?
- Pour l’originalité du projet : Bach à la mandoline !
- Pour la découverte de la mandole, la grande sœur
- Pour le tissage habile entre les classiques de Bach et leur vision, au présent
C’est pour qui ?
- Ceux qui aiment Bach, mais pas le clavecin
- Les amateurs de contemporain, qui ne renient pas les classiques
- Les curieux en tout genre, qui ne disent jamais « non » à la nouveauté

