AccueilDisquesDisques - InstrumentalLe Merlin : clavier deux en un !

Le Merlin : clavier deux en un !

DISQUE – La pianiste Catherine Zimmer mêle découvertes et curiosités dans un programme fascinant autour d’un instrument oublié : le claviorganum Merlin, hybride entre pianoforte et orgue, né à Londres à la fin du XVIIIe siècle. Un voyage sonore insolite où la mécanique, le souffle et le toucher s’unissent avec poésie.

Construit en 1784 par John Joseph Merlin, inventeur et facteur d’instruments établi à Londres, le claviorganum combine le jeu du pianoforte et celui d’un petit orgue de salon, grâce à plusieurs registres que l’on peut combiner à loisir : étouffoirs levés, una corda et jeu d’orgue de 4 pieds. Restauré en 2020, cet instrument rare fait revivre toute une époque où la frontière était ténue entre expérimentation et élégance musicale. Catherine Zimmer s’empare de cet objet fascinant, sans doute entendu dans les concerts londoniens de la Bach-Abel Society, fondée par Johann Christian Bach et Carl Friedrich Abel, qui accueillaient souvent les inventions de Merlin et sans doute l’inventeur lui-même. Son programme réunit ainsi des transcriptions d’œuvres de la fin du XVIIIe siècle, révélant un univers sonore intime et délicieusement déroutant.

Chapelle de salon

Dès la Celebrated Ouverture composed by Haydn, transcription de la Symphonie n°53 “L’Impériale”, le contraste surprend : les accords vigoureux du pianoforte se fondent dans les souffles de l’orgue, mêlant l’impression de passer soudainement du salon à une petite cathédrale. Peu à peu, l’oreille s’habitue, puis se laisse séduire. Le pianoforte, feutré et vibrant, apporte la clarté du toucher, tandis que l’orgue déploie une ampleur enveloppante, tantôt en doublure, tantôt en réponse ou même en flûte soliste accompagnée du pianoforte. On entend les mécanismes mêmes de l’instrument : les touches, les jeux qui s’enclenchent… autant d’éléments qui participent à la magie du concert et à l’atmosphère intime propre à la Bach-Abel Society.

Toucher double, esprit unique

La pianiste démontre une agilité remarquable dans cet exercice à deux techniques : celle, nerveuse et directe, du pianoforte, et celle, plus respirée et suspendue, de l’orgue, dont le timbre évoque un consort de flûtes. Dans la galante Sonate for the Piano Forte Op. 7 n°1 en do majeur de Maria Esther Park, l’Allegro spiritoso pétille avant qu’un Larghetto apaisé ne s’étire dans une nostalgie rêveuse, les résonances des étouffoirs levés mêlant les sons comme une brume sonore (que l’on pourrait penser exagérée par moments). On savoure aussi le fugato de l’Allegro moderato de la Sonate Op. 5 n°6 en do mineur de Johann Christian Bach, où les timbres s’entrelacent dans une polyphonie mouvante, entre grâce galante et rigueur naissante du classicisme.

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Il serait injuste d’oublier la prise de son exemplaire de Jean-François Felter : précise, intime, elle restitue le souffle de l’instrument, la texture du bois et la frappe des cordes. On se sent presque dans la pièce, témoin privilégié d’un dialogue entre invention et sensibilité.

Pourquoi on aime ?

  • La découverte d’un instrument hybride, aussi rare que poétique.
  • Un jeu sensible, qui magnifie l’intimité du salon.
  • Un programme d’œuvres curieux et d’une grande élégance.

C’est pour qui ?

  • Les curieux d’histoire sonore et d’instruments oubliés.
  • Les amateurs de musique galante et de timbres singuliers.
  • Ceux qui aiment être surpris par la délicatesse avec une once de virtuosité.
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