AccueilSpectaclesComptes-rendus de spectacles - LyriqueOpéra de Paris : faire une croix sur Tosca ?

Opéra de Paris : faire une croix sur Tosca ?

OPÉRA – Tosca de Puccini mis en scène par le regretté Pierre Audi revient à l’Opéra National de Paris, sous la direction de Oksana Lyniv dans un casting trois étoiles : Roberto Alagna, Saioa Hernández et Alexey Markov.

Chemin de croix

Tosca, un drame humain ou politique? Ce qui retient l’attention du public en premier lieu, c’est une histoire d’amour entre Mario Cavaradossi et Tosca. Composé en 1900, la musique appartient au courant vériste et porte haut la passion amoureuse, le désir et la sensualité. 

Le livret véhicule également une histoire politique basée sur des faits historiques: la bataille de Marengo en 1800, opposant l’armée républicaine française conduite par Napoléon Bonaparte à l’armée impériale du Saint-Empire. Si cette histoire arrive en second plan, son impact sur l’intrigue est décisif et entraine une fin brutale pour chacun des trois personnages principaux. 

La croix et la manière

Beaucoup de prière dans cet opéra, à commencer par le sacristain, fonction oblige. Tosca elle-même s’en remet à la Madone et les choeurs réunis (adultes et enfants) participent au Te Deum célébrant la défaite de Bonaparte (ils auraient mieux fait de s’abstenir car en fait, cette défaite fut suivie d’une victoire… mais le public n’aurait pas pu profiter de ces pages grandioses de la fin du 1er acte). 

Et comme il n’y a pas d’interdiction de signes religieux ostentatoires à Bastille, la croix est omniprésente et ce depuis 2014, date de la création de la mise en scène de Pierre Audi (décédé récemment, l’Opéra de Paris lui dédie l’ensemble des représentations de Tosca). Dans la boutique des accessoires, il y en a de toutes les tailles et de toutes les façons, mais celle due au décorateur Christof Hetzer retient toute l’attention. Immense et suspendue à l’horizontal au dessus de la scène, la croix apparait toute puissante, davantage comme une menace que comme une protection divine. 

© Vincent Pontet

Point de croix

Roberto Alagna dans le rôle de Mario Cavaradossi ne semble avoir besoin d’aucun accessoire pour projeter sa voix radieuse et ses aigus insolents. Doté d’une vitalité quasi juvénile il chante avec puissance l’ardeur de son amour et de son engagement. L’air « E lucevam le stelle » a également réussi a faire briller les yeux des spectateurs tant l’émotion était au rendez-vous. Les nuances subtiles et délicates, le phrasé surfant sur les rubato de la musique (avec un rien d’exagéré dans les tenues de certaines notes), le petit sanglot sur la note finale, le tout dans une sincérité confondante. 

© Vincent Pontet

La puissance de la croix 

Saioa Hernández incarne Tosca avec une énergie palpable dès les premières notes. La force de son engagement et la puissance de sa voix demeurent intactes, que ce soit pour exprimer la jalousie, l’effroi ou la rage. Elle possède un registre de poitrine brillant, lui permettant de préserver l’intensité jusque dans le grave dans un dramatisme exacerbé. Ses aigus étincelants gardent toute la rondeur du timbre jusqu’au paroxysme final ou, le poing levé (et pas les bras en croix), elle convoque Scarpia devant Dieu. Pas de saut des remparts du château St-Ange (évitant ainsi tous les désagréments possibles liés à la chute), Tosca se dirige en fond de scène et prend congé dans une lumière blanche dessinant un halo auréolé autour d’elle. 

© Vincent Pontet

Croix de bois croix de fer

Il est certain que le personnage de Scarpia ira en enfer tant il est manipulateur, abject et cruel. Pour parvenir à ses fins et assouvir ses pulsions, il pratique le mensonge à haut niveau ( l’exécution simulée de Mario Cavaradossi ne l’est finalement pas, les balles sont bien réelles et meurtrières). Alexey Markov qui interprète le rôle ira sûrement, lui, au paradis des chanteurs tant sa prestation est marquante. Le timbre noir et la puissance vocale sied au personnage odieux, et son assurance froide fait frémir à la fois Tosca et le public. 

Ne pas faire une croix sur : 

Amin Ahangaran, un Angelotti au timbre sombre et précis et Carlo Bosi, un Spoletta de la première heure, inquiétant dans la retenue vocale. La voix haut perchée et vibrante d’André Heyboer incarne toute la faiblesse du sacristain et Florent Mbia, membre de la troupe lyrique de l’Opéra de Paris, prête sa voix charnue au personnage de Sciarrone. 

© Vincent Pontet

Bernard Arrieta a toute l’autorité du geôlier, et le jeune maîtrisien Aloys Bardelot-Sibold est un berger touchant de délicatesse.

Baguette pour une divine croix 

À la baguette, la cheffe ukrainienne Oksana Lyniv impose une précision d’orfèvre alliée à une souplesse de chaque instant, rendant toute la volupté des phrasés et l’expressivité de la musique de Puccini. Elle est tout à l’écoute des chanteurs et fait respirer l’orchestre de concert dans une connexion paraissant infaillible.

À lire également : Paris, 19 décembre 1958 : on y était !

Pas d’alleluia pour cette première de la reprise de Tosca, mais des bravos montant haut et fort dans l’immense nef de l’opéra Bastille. Deux autres distributions non moins prestigieuses sont attendues dans les prochains mois. De quoi faire des croix dans son agenda…

Sur le même thème

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.

Vidêos Classykêo

Articles sponsorisés

Nos coups de cœurs

Derniers articles

Newsletter

Twitter

[custom-twitter-feeds]