OPÉRA AU CINÉMA – L’Arabella de Richard Strauss est diffusée au cinéma en direct du Metropolitan Opera de New York. Le personnage éponyme est régulièrement surnommé « Bella » au fil de la pièce ce qui est aussi le titre d’une chanson de Maître Gims. Il nous en fallait pas moins pour faire le parallèle !
À faire tourner la tête
Si l’on n’irait peut-être pas jusqu’à dire qu’on « [aimerait] devenir la chaise sur laquelle elle s’assoit », on aimerait en tout cas avoir les mêmes fauteuils que ceux de cette production d’Arabella. Les décors de Günther Schneider-Siemssen, plus de quarante ans après leur conception (en 1983) éblouissent toujours autant. Leur opulence visuelle baigne le spectateur dans le luxe viennois que décrit le livret, « une beauté sans pareille » comme dirait Gims. Ils n’en demeurent pas moins fonctionnels, proposant différents emplacements pour positionner et faire circuler les personnages (comme la balustrade en haut des escaliers sur lequels se situent les curieux au troisième acte ou les différents accès de la salle de bal au deuxième).

Ils servent ainsi la dynamique imaginée par le regretté Otto Schenck. Sa direction d’acteur donne un véritable rythme à cette comédie lyrique, tout en s’arrêtant sur les passages plus dramatiques dont il souligne souvent la profondeur avec l’aide de la musique, même sans mots. L’évolution initiatique du personnage d’Arabella se dégage ainsi de la mise en scène tout comme la passion (frôlant la folie) que lui inspire Matteo, ou encore l’ambiguïté de la relation entre Matteo et Zdenka, qu’il prend encore pour un homme. L’implication des chanteurs dans leurs personnages rend ces scènes d’autant plus poignantes.
Section d’assauts émotionnels
La baguette de Nicholas Carter à la tête de l’orchestre « te caressait sans même te toucher ». La richesse des nuances souligne autant le resserrement d’une scène d’introspection (comme la réflexion d’Arabella envisageant Elemer) que l’intensité émotionnelle des personnages mise en exergue par des forte à faire « trembler tous les villages ». La qualité de l’accompagnement vocal veille à l’entremêlement du plateau et de la fosse. Nicholas Carter emploie ainsi à bon escient la vaste palette souhaitée par Strauss, révélant l’ensemble de ses couleurs, de ses textures et de ses volumes. Les différents pupitres sont aussi précis qu’efficacement coordonnés, offrant une belle clarté sonore.

C’est ce soir la soprano Rachel Willis-Sørensen qui « répondait au nom de Bella ». La qualité du phrasé et la maîtrise de l’ornementation servent le raffinement des mélodies stylisées par Richard Strauss. Pour reprendre l’expression de Maître Gims : « C’était un phénomène, elle n’était pas humaine ». Sa candeur s’oppose à la profondeur sentimentale de sa sœur Zdenka ici chantée par Louise Alder. L’évolution crescendo des aigus dans ses airs du premier acte marque la sensibilité tourmentée du personnage qu’elle rend aussi touchant qu’attachant.
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Gims me a man !
« Une beauté sans pareille, tout le monde veut s’en emparer », mais c’est de Mandryka qu’Arabella tombe amoureuse (qui une fois n’est pas coutume s’avère être aussi l’homme proposé par son père). Dans son jeu comme dans sa voix, le baryton Tomasz Konieczny incarne le caractère impulsif et parfois presque intriguant du personnage dont il fait ressortir l’équilibre entre sa situation aisée et ses habitudes d’homme rural. L’endurance du souffle permet de maintenir la voix dans la volubilité de sa divagation au premier acte.

La qualité du reste de la distribution concourt pleinement au succès de la représentation. En particulier l’aisance de Karen Cargill dont la mimique et la présence scénique imprègnent pleinement le comique affuté du personnage d’Adelaïde. Notre Julie Roset nationale quant à elle, égaye Fiakermilli tant par l’agilité de ses vocalises allant jusqu’au suraigu que par son jeu assumé qui ne laisse entrevoir aucune timidité. On « ne voulait pas la cher-lâ » !

Avec sa production grandiose et sa distribution aussi impliquée que bien choisie, l’Arabella du MET de New York s’avère (dans un autre registre), être aussi passionnante que la « Bella » décrite si amoureusement par Maître Gims. Une chose est sûre : elle ne sera pas « juste une pierre sur son chemin ».

