COMPTE-RENDU – À la Cité de la musique, l’Orchestre National d’Île-de-France, le chef Nicola Valentini et Max Dozolme proposent un ciné-concert autour de Mozart : un sujet qui ne manque pas d’illustrations cinématographiques, et qui sait toucher un large public dans un format accessible et pertinent.
Avec l’Orchestre National d’Île-de-France, sortez le popcorn !
C’est une forme de plus en plus populaire que celle du ciné-concert sachant aussi mêler extraits de films, musique live et éclairages sur les œuvres. Silence, Moteur, Action ! avec l’Orchestre National d’Île-de-France à la Cité de la musique (Philharmonie de Paris), dans un concert certes sobre, mais qui se distingue par son didactisme et son relief.
Mozart et 7ème art
Mozart au cinéma, sujet facile ? Pas si sûr lorsque l’on pense à la quantité pléthorique d’œuvres et de films qui s’offraient à Max Dozolme, concepteur et présentateur de la soirée. À l’écran on retrouve, bien évidemment, l’Amadeus de Forman ou encore le Don Giovanni de Losey ; mais le concert explore une palette large de genres et d’émotions cinématographiques. On reste, il est vrai, dans les grands classiques du cinéma et, surtout, dans des pièces musicales archi-connues. Pour autant, les commentaires de Max Dozolme ne sont pas simplistes : ils balaient de manière très pédagogique à la fois la partition, les plans, la dramaturgie du film, ou encore la manière dont le son et l’image peuvent se répondre. C’est le genre de concert qui s’adresse à un public très varié, des néophytes qui mettront peut-être un nom sur une œuvre qu’ils ont déjà entendue, aux mélomanes qui se plongeront davantage dans l’image – en passant par les plus jeunes qui, le temps d’une soirée, auront de quoi nourrir leur horizon musical et cinématographique à la fois.
À Lire également : L'opéra au cinéma - Dossier Ôlyrix
Mozart au 7ème ciel
Avec un tel programme, impossible d’éviter l’image d’Epinal du « divin Mozart », de l’angélisme de sa musique, de la pureté de ses seconds mouvements… Cela tombe bien, car les films aussi nous font planer – que ce soit l’avion de Robert Redford dans Out of Africa, sur l’Adagio du Concerto pour clarinette, ou la navette de Tom Skerritt dans Alien, le huitième passager, sur la Romance de la Petite musique de nuit. De délicatesse, l’Orchestre National d’Île-de-France n’en manque pas sous la direction de Nicola Valentini, notamment dans ce fameux mouvement lent du Concerto pour clarinette interprété par Jean-Claude Falietti. Lumineuse, traversée de grandes vagues lyriques, cette pièce montre l’homogénéité du son au sein des pupitres de cet orchestre, mais aussi, de manière plus générale, un investissement expressif que l’on ne retrouve pas toujours dans des œuvres aussi connues.
« Mozart de 5 à 7 »
Mais après la délicatesse mozartienne vient le temps des amours : celles, malheureuses, d’Agnès Varda dans Le Bonheur, et celles, plus comiques et cyniques, à travers la voix du baryton Ramiro Maturana, dans « Non più andrai » puis l’air du catalogue. Si l’on y ajoute le désastreux concert du Grand blond avec une chaussure noire, on obtient un panorama varié et assez irrésistible de Mozart au cinéma, et c’est peut-être dans ces pages que l’on entend le mieux le sens du détail de Nicola Valentini, faisant ressortir les vents et les cuivres comme autant de commentaires dans le discours musical. Le son d’ensemble est brillant, avec une belle résonance, pour des œuvres qu’on ne se lasserait pas d’écouter.
Voilà une soirée qui coche les cases de la musique et de la pédagogie, et qui sait rester vivante malgré sa sobriété. A quand donc le Sherlock Holmes de Guy Ritchie, La Mort de Staline d’Armando Iannucci, ou encore Elle de Paul Verhoeven ? « Mozart au cinéma » aurait bien de quoi faire un épisode 2.
Demandez le programme !
- Les Noces de Figaro : ouverture, « Non più andrai »
- Don Giovanni : « Madamina, il catalogo è questo »
- Symphonie n°40 en sol mineur : Allegro assai
- Concerto pour clarinette en la majeur, Adagio
- Requiem : « Introït », « Confutatis » (arr. Marc-Olivier Dupin)
- Une Petite musique de nuit : Romance
- Adagio et fugue en ut mineur

