COMÉDIE MUSICALE – En cette fin d’année, le Théâtre du Châtelet offre un grand spectacle musical avec La Cage aux folles de Jerry Herman et Harvey Fierstein, mise en scène par Olivier Py. L’occasion d’une prise de rôle très attendue de Laurent Lafitte en Zaza, et de voir sur scène de magnifiques danseurs dans la grande tradition de Broadway.
C’était l’une des productions les plus attendues de cette fin d’année : cinquante ans après la création de la pièce de Jean Poiret, La Cage aux folles revient à Paris, cette fois-ci dans la version comédie musicale, adaptée pour Broadway par Jerry Herman et Harvey Fierstein. Du grand spectacle !

Des tapis rouges au Moulin Rouge
L’une des surprises de cette nouvelle production était sans doute la présence de Laurent Lafitte dans le rôle d’Albin/Zaza. On le connaissait acteur de cinéma et de théâtre ; on le découvre chanteur et meneuse de revue : habitué des montées des marches, il offre cette fois-ci l’une des plus belles descentes d’escalier de tout Paris, accompagné de ses « Cagelles » – en talons et sans regarder ses pieds, comme il se doit !

Bien loin de ses rôles habituels, et bien loin de la silhouette d’un Michel Serrault, il remplit tout le spectre du personnage, de la tendresse et de l’émotion d’Albin jusqu’à la gouaille et l’éclat de Zaza. Le tout avec des qualités vocales qu’on ne lui connaissait pas encore, malgré quelques incursions musicales dans ses films et pièces : la voix est solide, projetée, avec un vibrato libre. Un rôle qui semble fait sur mesure – et quels costumes, tout en strass et en plumes ! Le couple avec le Georges de Damien Bigourdan fonctionne à merveille, celui-ci sortant de son répertoire lyrique pour un genre qui lui va comme un gant grâce à sa liberté de jeu, et une voix qui traverse un large ambitus et peut se permettre bien des nuances et effets.
Stairway to paradise
Le spectacle repose aussi sur cet immense décor tournant conçu par Olivier Py et Pierre-André Weitz : tantôt scène de cabaret, coulisses, appartement, ruelle, bord de mer ou terrasse de restaurant, on explore tous les recoins de cette « Cage aux folles ». Ce n’est pas la première fois que le metteur en scène et le scénographe déploient cette esthétique (on pense notamment à leur Carmen à l’Opéra de Lyon), mais le décor assume autant ses fonctions dramaturgiques que sa part de magie pour le spectateur : l’immense escalier où se mène la revue réveille d’emblée des souvenirs de Broadway aussi bien que des cabarets parisiens, jusqu’à ce que Zaza passe dans la salle et s’adresse directement aux spectateurs. On retrouve bien le style du metteur en scène dans l’adaptation en français, où la religion, les jeux de mots, la manif pour tous et le grotesque peuvent se côtoyer en un joyeux désordre. Du grand spectacle qui respecte les codes du genre, tout en « boas, perles, plumes et diamants », et on sort éblouis par les grands numéros musicaux.
Une troupe en ordre de marche
Avec neuf rôles solistes, douze Cagelles, dix Tropéziens et Tropéziennes, et neuf musiciens des Frivolités parisiennes (plus le chef !), la production ne manque pas de main d’œuvre : il y a les charmants amoureux Harold Simon et Maë-Lingh Nguyen, les caricaturaux Monsieur et Madame Dindon de Gilles Vajou et Emeline Bayart, mais surtout cette troupe de danseurs incroyables qui portent sur leurs épaules les nombreuses scènes de cabaret.

À les voir, la meilleure façon de marcher semble encore perché sur des talons de douze centimètres ; et de la revue aux claquettes en passant par un superbe tango, les chorégraphies d’Ivo Bauchiero font mouche à tous les coups. Si la pièce de Jean Poiret fut une étape dans la lutte LGBTQIA+ en montrant un couple homosexuel, la comédie musicale va plus loin en montrant Zaza sur scène, et en portant un message plus affirmé sur l’homoparentalité et le « droit d’être soi », comme le dit la chanson phare.

Finalement, ce mélange d’émotion et de joie dans la partition, et l’émerveillement que provoquent ces danseurs, sont peut-être les meilleures armes en faveur de leur cause : car qui reprocherait aux Cagelles d’être ce qu’elles sont ?

« Le monde est moins dégueulasse recouvert de strass » chante Zaza : le public du Châtelet, debout aux saluts, en semble convaincu.
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