COMPTE-RENDU – Dans le cadre de ses retransmissions au cinéma aux quatre coins du monde, le Metropolitan Opera propose sa nouvelle production des Puritains de Bellini signée Charles Edwards avec une distribution vocale exceptionnelle, dirigée par Marco Armiliato dans son répertoire de prédilection.
On aime un peu
Parlons de la mise en scène : un décor unique, représentant un temple tout en bois avec sa chaire surplombant les fidèles. Une table, des chaises, et quelques armes aussi, à l’Acte II, alors que les puritains se barricadent. Ces derniers sont tout de noir vêtus, col fermé, tête couverte ; seuls les royalistes sont habillés de costumes extrêmement colorés et chatoyants – peut-être tout aussi excessifs que l’extrême rigueur puritaine. Jusqu’ici tout va bien, car c’est la direction d’acteurs qui pèche. Il y a d’abord des incohérences qui ne pardonnent pas sur une scène du niveau du MET : des chaises et une table que l’on déplace sans cesse sans raison, trop d’accessoires mal utilisés, et surtout un chœur dont les actions sont parfois contradictoires avec le texte. On ne comprend pas toujours, non plus, les nombreux ajouts de Charles Edwards. Qu’Elvira exprime ses émotions via la peinture, pourquoi pas. Que des figurants incarnent les héros dans leur jeunesse, d’accord. Mais on comprend moins pourquoi Elvira, dans sa folie, embrasse passionnément Riccardo (une réponse à son éducation religieuse stricte ?) ; on ne comprend pas le lien entre Giorgio et Enrichetta (complices ou ennemis ?) ; et on ne comprend pas du tout pourquoi l’œuvre devait mal se finir, Arturo rejetant Elvira (et devenant fou lui-même ?) à l’annonce de la défaite des Stuart.
Beaucoup…
Charles Edwards possède malgré tout un sens évident de la scénographie et du tableau visuel. Le plus frappant ? sans aucun doute les scènes de folie où, à la faveur d’un éclairage tirant soudain vers le jaune ou le vert, apparaissent des fantômes. L’une des images fortes de la production est aussi la fin de l’acte I, où Elvira est prête à se pendre avec la corde servant à sonner la cloche du temple. On ne peut nier au metteur en scène son goût du spectaculaire, qui fait partie aussi de l’ADN du Metropolitan Opera et qui vient combler les faiblesses du livret. On ne peut nier non plus la qualité des lumières de Tim Mitchell, qui habillent habilement le décor unique.
Passionnément…
Il y a heureusement la musique, qui ne déçoit pas un seul instant. Dans la fosse, Marco Armiliato démontre une fois de plus quel magnifique chef belcantiste il est : il y a bien sûr l’attention portée aux chanteurs, équilibrant toujours l’orchestre pour ne pas couvrir les voix tout en laissant la musique se déployer ; mais il y a surtout cette joie qui émane d’un bout à l’autre de l’œuvre. Marco Armiliato maintient constamment l’attention de l’auditeur, même lorsque la partition de l’orchestre n’est pas la plus enthousiasmante : ainsi du « Cinta di fiori » où le baryton Christian van Horn a tout loisir de déployer sa voix profonde et son sens du récit. Dommage que son Giorgio soit parfois sous-employé scéniquement, quand on connaît ses qualités vocales et théâtrales – et on regrette la démonstration virile du « Suoni la tromba », torse-nu et recouvert de peinture, qui n’apporte absolument rien dramatiquement et prêterait presque à rire.
À la folie
Que dire du couple Lisette Oropesa/Lawrence Brownlee ? On atteint ici des sommets de technique vocale, dont on admire aussi la prise de risque : dans sa recherche de nuances, la soprano américaine pousse la voix jusqu’à sa limite, et ne se contente pas d’assurer ses aigus. Elle est toujours à la recherche de l’effet juste et de l’expressivité. Lawrence Brownlee compense son personnage ici un peu falot par le rayonnement du timbre et l’aisance dans l’aigu. Last but not least, Ricardo Jose Rivera reprend au pied levé – prévenu quelques heures seulement avant la retransmission – le rôle du prétendant malheureux d’Elvira (Riccardo) : non seulement la voix est superbe, le legato belcantiste impeccable, et la musicalité soignée, mais le baryton a une sensibilité et une qualité de jeu remarquables, quand on imagine qu’il n’a pas répété cette production.
Il est la révélation d’une soirée qui, scéniquement, prenait parfois la tête mais qui, musicalement, avait de quoi la faire perdre !
À Lire également : Andrea Chénier à New York - Liberté, Égalité… Théâtralité


