DISQUE – Le projet et sujet de Rio est la grande ville brésilienne saisie par les musiques qui s’attachent à elles et dont la guitare se fait l’objet transitionnel, le doudou de l’enfant, celui qui console de l’éloignement.
Ce disque déconstruit avec finesse la guitare, entre grand répertoire et arrangements choisis, interprète classique (Segovia) et pianeiro (Nazareth), drame (Saudade) et malice (Assad, Nazareth). La guitare s’agrandit, faisant face à l’orchestre, grande percussion y compris. Mais elle ne fait pas que concerter avec lui, elle l’intègre dans l’ADN de ses cordes, avec l’humilité qui convient face à la grandeur qui émane de cette musique (Villa-Lobos, Assad).
Le programme est un montage cinématographique et phonographique du répertoire brésilien en version originale, les sous-titres étant apportés par la guitare, avec ses éléments de décor essentiels : danse, rue, séduction, corps, couleurs et odeurs. Aux côtés des grands acteurs, le Bon (Villa-Lobos, chantre de l’Amazonie), le Truand (Nazareth, le saltimbanque de cinéma), la guitariste célèbre les figures féminines d’hier et aujourd’hui : Gonzaga, la féministe carnavalesque, Assad, la conteuse contemporaine. Ces quatre figures glissent sur le grand fleuve, telles des embarcations bariolées.
L’Orchestre Royal de Chambre de Wallonie manie la sagaie, Roberto Beltrán Zavala au gouvernail, attentif à respecter l’esprit frissonnant ou frappeur de la guitariste. L’atmosphère du disque apporte sa signature acoustique, dès le générique, avec ses efflorescences et ses sécheresses : contraste issu des séquences carnavalesques, des rapides et des longues plages du grand fleuve. Les pulpes des doigts de Solal s’entendent, dans leur organicité d’épiderme, petits plectres de clavecin, en rang serré de doubles-croches dans les mouvements rapides. Dans les mouvements lents, tout relève du phrasé, dans les longues cadences a cappella, du méditatif. Les yeux se plongent dans l’onde. Solal travaille le métal et le bois en luthière au métier minutieux. La main fabrique, réalise, tourne, monte. Dans le Saci-Pererê d’Assad, la folie entre dans la pellicule : chaos, textures froissées, éclaboussures, bondissements, que la guitariste interprète avec des attaques différenciées et des nuances de registres. Le Saci danse son petit tango brasileiro (Nazareth) avant de s’évaporer sur la pointe des pieds.
Pourquoi on aime
- Parce que Solal réinvente la guitare comme un instrument de géographie musicale ;
- Parce que le concerto rebattu de Villa-Lobos en sort dépoussiéré ;
- Pour la dimension pulpeuse de la prise de son.
C’est pour qui ?
- Pour ceux qui aiment les vérandas humides et les salles de cinéma ;
- Pour ceux qui aiment se promener en forêt et danser au salon ;
- Pour ceux qui aiment le carnaval et les contes de fée.
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