AccueilSpectaclesComptes-rendus de spectacles - LyriqueLe Villi à Nice : Roberto est finito

Le Villi à Nice : Roberto est finito

OPÉRA — Roberto avait une seule chose à faire : ne pas tromper sa fiancée. Il a échoué. À partir de là, la soirée devient très encadrée. À l’Opéra de Nice, tout le monde sera libre de partir à la fin, sauf un !

Dans Le Villi (1884), premier opéra de Giacomo Puccini, le livret pourrait tenir sur un coin de table : une promesse, une trahison, puis une danse. Rien de plus simple, et pourtant rien de plus éprouvant pour les personnages…

Promis, juré, craché (ou pas)

Inspirées d’une légende d’Europe centrale popularisée par Heinrich Heine, les Wilis (fiancées mortes de chagrin) reviennent imposer aux coupables leur rythme endiablé. Pas de débat, pas d’appel : elles dansent, et les autres suivent. Le voilà parti dans cette danse effrénée, jusqu’à l’épuisement… et la mort.

© Julien Perrin

Moralité : à l’opéra comme ailleurs, tromper sa fiancée reste une activité à haut risque ! Roberto, lui, entre comme on entre dans une fête : sûr de son effet, légèrement distrait, convaincu que tout s’arrangera. Eh bien, non ! Chez Puccini, l’arrangement n’existe pas : la danse remplace le jugement, et le verdict tombe implacable et en rythme.

Toc toc toc, qui est-ce ? L’amante bafouée

La mise en scène de Stefano Poda ne cherche pas à rassurer. Plateau blanc, chêne épais aux longues racines, silhouettes figées : le décor annonce déjà son destin. Puis viennent les fils, visibles cette fois : toiles d’un piège que Roberto met un certain temps à remarquer. Il s’y débat, comme prévu, avec moins de grâce que celles qui l’attendent.

Un fantôme supervise l’ensemble : Monica Guerritore, manifestant la présence d’Anna, qui observe et raconte depuis l’ombre. L’idée intrigue, même si certaines phrases restent à mi-chemin entre confidence et écho lointain.

Des voix à se damner

Vanessa Goikoetxea impose une Anna lumineuse, à la ligne souple et aux aigus assurés. En face, Thomas Bettinger campe un Roberto solide, parfois pressé (chantant parfois avant l’heure). Son Torna ai felici dì émeut et déclenche des applaudissements. Armando Noguera, père endeuillé, appelle d’une voix ample et vibrante à une justice qui n’a de toute façon plus besoin de lui.

Car ici, tout le monde exécute à défaut de pouvoir juger. Roberto ne tombe pas, il est repris par la danse, par la nuit, par cette mécanique qu’il a lui-même enclenchée. Billet non remboursable pour l’au-delà !

Sous la direction de Valerio Galli, l’Orchestre Philharmonique de Nice fait osciller la partition entre fête, lyrisme et vertige, pendant que le Chœur passe de la convivialité à l’inévitable. Les Wilis dansent. Roberto aussi, mais plus pour longtemps. Musique cruelle certes, mais qu’on écoute sans modération.

Le public applaudit longuement. Eux peuvent rentrer. Roberto, lui, va visiblement prolonger son séjour, dans l’abîme. Fin de partie pour lui, désolé, mon pote !

À Lire également : La chambre du fils (ou Madame Butterfly à Genève)
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