AccueilSpectaclesComptes-rendus de spectacles - LyriqueLa chambre du fils (ou Madame Butterfly à Genève)

La chambre du fils (ou Madame Butterfly à Genève)

COMPTE-RENDU — On ne connaît pas son nom, pourtant son existence nourrit d’âpres discussions au long du 3ème acte, on finit par le savoir « piccolo iddio » – petit dieu/petite idole.

La mise en scène de Madama Butterfly de Puccini à Genève, signée Barbora Horáková nous impose son regard d’enfant déchiré, traumatisé, résolument marginal à sa propre histoire et en quête de vérité.

Le choix de la metteuse en scène ne dénature pas le livret puisque Cio-Cio San demeure centrale comme objet de sa quête pour comprendre l’origine de ses traits métissés, et la culture à laquelle sa propre mère s’est arrachée croyant devenir maîtresse d’un foyer américain au Japon, car lui, c’est le fils, vêtu d’un imperméable beige et muni d’une valise de wanderer.

© Carole Parodi

À travers ses yeux d’homme plus âgé que la jeune femme qui se sacrifie à la fin de l’opéra, on découvre une Butterfly s’acculturant volontairement à la culture américaine – une statuette d’aigle américain remplace au II la grue japonaise du I et elle troque son kimono contre une robe occidentale. Elle revient pourtant à sa propre culture lorsque Pinkerton revient à son fils – lui plus américain que jamais – comme si la conversion n’avait pour but que de conjurer l’absence.

Cette lecture, subtile, trop abondante par à-coups, parfois désordonnée, se déroule dans le décor d’une maison japonaise à panneaux translucides et glissants. Cet espace modulable superpose le passé et le présent au risque de la confusion : on voit ainsi surgir Kate – qui a, de fait, élevé le fils – bien avant la fin de l’opéra. Cette narration sensible pèche parfois par soucis d’exhaustivité, en complexifiant inutilement le discours – les belles et suggestives projections vidéos peuvent saturer la scène de signifiant. Cette mise en scène lyrique – prometteuse – aurait gagné à un allègement propice à la respiration.

Son of a witch

Le style vocal s’ancre résolument du côté des Yankees : Corinne Winters (Butterfly) et Stephen Costello (Pinkerton) sont dotés de moyens vocaux insolents, voix puissantes, beaux timbres… on pourrait céder à un certain hédonisme vocal si la partition de Puccini n’appelait pas un chant plus ciselé et sensible. On avait admiré la soprano américaine en Katia Kabanova torche vive il y a quelques années à Salzbourg, elle tente de reconduire ici la même intention : Butterfly s’affirme mais perd en nuance. Stephen Costello fait un Pinkerton juste tant dans son inconséquence que sa sincérité, mais manquant de mystère (sur son compte on devrait normalement hésiter entre la fatuité, la cruauté, la bêtise et la naïveté, la sincérité…). Andrey Zhilikhovsky pour sa part déroule une voix de velours pour interpréter le bien nommé consul Sharpless : chant impeccable mais peu saillant.

Si l’on ne manque pas de décibels vocaux c’est peut-être parce que l’orchestre s’avère très sonore dans la fosse du Bâtiment des Forces Motrices qui accueille temporairement les spectacles du Grand Théâtre. Antonino Fogliani donne (encore une fois) une leçon puccinienne en conciliant l’intensité des coloris et la nervosité du discours – on pense parfois à Tullio Serafin. Il ajoure volontiers les textures lorsque la partition l’exige, garant d’une poésie dont le plateau nous a (un peu) privés.

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