AccueilA la Une200 Motels à Genève : mais what?

200 Motels à Genève : mais what?

COMPTE-RENDU – À Genève, le dernier spectacle de la saison, qui est aussi le dernier du mandat du directeur Aviel Cahn, donne à voir une performance déroutante. Âmes sensibles s’abstenir. Ou pas ?

Mais what?

Voilà bien la réaction qui a pu saisir le spectateur du Grand Théâtre de Genève, à l’instant de réserver son billet pour cet ultime spectacle de la saison (donné dans l’atypique Bâtiment des Forces Motrices). Voulait-il du Puccini ou du Mozart ? Il aura du Zappa ! Qui donc ? L’Américain Franck Zappa, artiste iconoclaste et inclassable du milieu du siècle dernier, tout à la fois guitariste, réalisateur, chanteur, et même apôtre du dadaïsme. Un homme à tout faire option satire, qui fut aussi compositeur, et notamment de cette œuvre, 200 Motels, à la fois film et genre de fresque musico-théâtrale narrant les aventures d’une troupe de rockeurs sous substances en tournée à travers les States. Tournée de concerts, mais aussi d’alcool, et plus si affinités.

© GTG – Magali Dougados

Mais what? C’est donc cela, le propos ? Absolutely! Ici, point d’amour, de poésie, de sentiments. Place à la débauche, la vraie, dans les décors de Carlos Soto où le metteur en scène Daniel Kramer la joue producteur d’un supershow à l’américaine. Il y a là l’anchorman façon « late show » qui vient introduire les quatre rockstars, d’élastiques danseuses de pole dance, des écrans géants qui entourent la scène façon salle de NBA, une piscine avec des cygnes roses gonflables, et bien sûr des Indiens, surgis de nulle part façon Crazy Horse. Des écrans où passent aussi des vidéos (réglées par Sophie Lux) montrant les personnages filmés « en live », mais aussi des images de paysages américains à faire pâlir les meilleures agences de voyage, qui transportent des « downtowns » jusqu’au désert de Monument Valley. Et jusqu’à un ring de MMA, aussi.

Sex on the pitch

Mais what else?, un combat d’art martial ? Oui, il y a aussi de cela sur l’itinéraire suivi par ce drôle de quatuor, dont l’univers voit graviter des personnages comme sortis d’un film d’animation : des religieux coiffés d’une capirote façon Semana santa, des hôtesses à têtes de smileys, et même un genre d’Oncle Sam au pantalon boursouflé. L’occasion de saluer la qualité et la brillance des costumes de Shalva Nikvashvili, qui rajoutent encore plus au côté loufoque et franchement bizarroïde d’un spectacle où l’énergie des personnages est constante, à défaut de les voir tisser le fil d’une intrigue limpide. Tout n’est ici que succession de saynètes, racontant une vie d’orgies, de tentations, de délires, de coups de feu, une vie où tout tourne beaucoup autour de choses situées en-dessous de la ceinture. Et, entre autres surprises qui ne visent qu’à choquer (et qui tombent parfois du ciel), sans doute aussi pour se rire d’un monde où le paraître est si fondamental, c’est bien un attribut sexuel masculin géant qui paraît sur scène en fin de show.

Un what? Oui, un attribut masculin, dont la présence en fait d’ailleurs fuir quelques-uns, en salle. Lesquels oublient qu’il y a quand même de jolis artistes à entendre, sur scène. Des chanteurs, d’abord, lesquels sont pourtant rompus à un répertoire bien plus classique. Ainsi de Justin Hopkins, dont la voix creusée et puissante fait mouche en Narrator et en Rance, de Robin Adams, qui prête son solide baryton au rôle de Frank, ou de David Ireland, irrésistible cow-boy à la voix bien charpentée. Brenda Rae et Julieth Lozano Rolong, loin de leurs terres lyriques familières, s’en sortent aussi avec les honneurs dans les manières de donner dans la pop autant que dans le théâtre chanté.

En fosse, ou plutôt dans la piscine, et sur la passerelle surplombant la scène, les musiciens (guitares et percussionnistes sont présents en force) se mettent parfaitement au diapason de ce la folie ambiante. Conduits par Titus Engel, ils réservent nombre de jolis morceaux musicaux oscillant entre tubes pop et musique contemporaine. Moments auxquels le Chœur du Grand Théâtre apporte une tonitruante contribution.

Mais what? Au baisser de rideau, le spectateur a vraiment de quoi être décontenancé. Mais il peut toujours songer à cette phrase de Zappa himself : « L’esprit, c’est comme un parachute. S’il est n’est pas ouvert, ça ne marche pas ».

À Lire également : le compte-rendu Ôlyrix

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