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Nuit sans aube : petit guide pratique pour perdre son cœur dans la forêt

COMPTE-RENDU – Le compositeur et chef Matthias Pintscher présente son quatrième opus lyrique, sur un livret du poète et pianiste Daniel Arkadij Gerzenberg, inspiré d’un conte allemand de Wilhelm Hauff. Créée en janvier à Berlin sous le titre Das kalte Herz, l’œuvre arrive Salle Favart dans sa version française, mise en scène par James Darrah Black. 

Mode d’emploi de la soirée : si vous souhaitez perdre votre cœur dans la forêt, voici la marche à suivre.

Étape 1 : Entrer dans la forêt sans poser de questions

Tout commence comme un conte raconté à la tombée de la nuit. Une vieille femme parle d’un rituel et un enfant écoute. La musique s’installe lentement, installe une atmosphère étrange, presque immobile sans grands thèmes reconnaissables. Cordes frémissantes, bois furtifs, nappes sombres : la forêt n’est pas un décor, c’est un espace mental. Les interludes orchestraux appelés Waldmusik (littéralement musique de la forêt) ouvrent des clairières sonores où le temps semble suspendu.

Étape 2 : Suivre un garçon qui voudrait ne plus rien sentir

Au centre du récit, Peter avance comme un promeneur inquiet. Evan Hughes lui prête une voix tendue, fragile, qui oscille entre chant et parole. L’écriture vocale de Pintscher explore les limites de l’expression : phrases suspendus, respirations brisées et éclats soudains. Peter ne recherche pas la richesse comme dans le conte original : il veut se débarrasser de son cœur, persuadé que ce poids est la cause de son mal-être. Mauvaise intuition, mais excellente matière d’opéra.

Étape 3 : écouter les voix qui vous entourent

Autour de Peter gravitent plusieurs voix féminines qui façonnent le drame. Katarina Bradić incarne la mère avec un chant grave et dense, véritable centre dramatique du récit. Catherine Trottmann apporte à Clara une lumière vocale claire, presque irréelle dans ce paysage sombre. Marie-Adeline Henry, en Anubis, déploie une présence ample et mystérieuse, tandis qu’Hélène Alexandridis, en Azaël, glisse parfois vers la parole, donnant au démon une présence presque théâtrale.

Étape 4 : accepter que la forêt ne rende rien

La mise en scène de James Darrah Black accompagne ce parcours comme un rêve : lumières mouvantes, images vidéo, fresques peintes et gestes minimalistes. Lorsque Peter accepte que son cœur soit remplacé par une pierre, la musique ne crie pas. Elle se retire. Le silence devient un personnage.

Nuit sans aube © DR S. Brion

Et voilà la leçon de ce guide forestier : il est assez facile de perdre son cœur, mais beaucoup plus difficile de retrouver son chemin. En sortant de la salle Favart, la forêt disparaît. La question, elle, reste.

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