AccueilSpectaclesComptes-rendus de spectacles - LyriqueOrphée de retour vers le futur à Limoges

Orphée de retour vers le futur à Limoges

COMPTE-RENDU – À l’Opéra de Limoges, Sammy El Ghadab dirige une nouvelle production d’Orphée et Eurydice de Gluck que Pierre-André Weitz transforme en voyage dans le passé à la recherche de l’amour qui ouvre vers l’infini.

Le pire n’est pas toujours sûr

À Limoges, Pierre-André Weitz propose une mise en scène audacieuse et cathartique de ce sommet de l’art lyrique : un voyage dans le temps perdu, où, en retrouvant le fil de sa vie passée le héros accède à l’éternel présent de la vie amoureuse. Orphée, vieillard égrotant, chenu et cacochyme en chaise roulante, enterre en 2018 sa défunte femme Eurydice. Une infirmière alerte qui accompagne l’impotent, qui n’est nulle autre que L’Amour, lui propose de retrouver son aimée disparue. Pour rejoindre Eurydice, Orphée voyage dans le passé, rajeunissant en reconstituant sa vie à rebours. Cette remontée dans le temps à l’inverse de son déroulement chronologique commence fin des années 2010, traverse les années 1970, 1950, le débarquement en juin 1944, la défaite de 1940 et l’exode, l’entre-deux-guerres pour finir juste avant la première guerre mondiale. Ces tableaux enchevêtrés cherchant l’image originelle de la cristallisation amoureuse sont accompagnés par trois tisseuses évoquant les trois Nornes de la Tétralogie de Wagner, qui, ici aussi tissent le temps et assurent la cohérence de ce voyage alchimique vers les origines de l’amour.

Matière et mémoire

Faisant feu de tout bois, Pierre-André Weitz réalise la mise en scène, les décors et les costumes de cette anamnèse en constante métamorphose à travers l’épaisseur du temps passé et de ses scènes capitales. Ce théâtre de la mémoire qui est aussi un théâtre des affects confronté à l’Histoire et aux grands mythes prend parfois la forme d’une inquiétante fête foraine, notamment une entrée aux enfers d’Orphée d’anthologie, avec créatures géantes, farandoles de diables et chœur vocal vibrant au diapason de cette fantasmagorie pour une autre foi. Le metteur en scène déploie ainsi des atmosphères oniriques qui basculent parfois vers un carnavalesque renversant les hiérarchies. Quand le kaléidoscope des réminiscences s’arrête au début du XXe siècle, Pierre-André Weitz tient enfin la scène amoureuse primordiale entre Orphée et Eurydice et les fige vivants rayonnants dans l’éternel présent, un défilé d’animaux saluant leur entrée au paradis.

Défense de l’infini

Puisant aussi dans les enchevêtrements de strates de vies successives au filigrane de l’amour que forme Cent ans de solitude de Garcia Marquez, cette allégorie féérique sur l’art de la mémoire où le temps sort hors de ses gonds est dirigée avec vitalité par Sammy El Ghadab à la tête de l’Orchestre Symphonique de l’Opéra de Limoges Nouvelle-Aquitaine. En écho, le Chœur de l’Opéra de Limoges déploie les couleurs lyriques essentielles à ce personnage collectif de la narration. Pour sa prise de rôle, Cyrille Dubois impressionne en Orphée, respectant la tonalité d’origine du rôle que Gluck transposa du castrat contralto de sa version de Vienne au ténor à la tessiture très élevée pour sa version française particulièrement difficile à chanter. Le ténor français triomphe de ces exigences extrêmes dans les aigus et incarne un Orphée in fine primesautier, retrouvant promptement toute la vigueur de son ardeur. À ses côtés, les sopranos Chiara Skerath en Eurydice amoureuse éplorée et Emmanuelle de Negri en Amour cicérone maternelle séduisent tant par leurs chants que par leurs pétulantes présences.

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