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Ravenswood Manor, Lucie de Lammermoor chez Netflix

OPÉRA — Cette nouvelle production de Lucie de Lammermoor de Donizetti à l’Opéra Comique a des petites allures de série américaine : manoir inquiétant, passions familiales, violence, sexe et hémoglobine. Une lecture spectaculaire, portée par le talent de Sabine Devieilhe, Etienne Dupuis et Léo Vermot-Desroches, que l’on vous propose de savourer en quatre épisodes.

Épisode 1 : Budget décors

Il y a quelque chose de pourri à Ravenswood Manor, la seule chose qui tourne rond en fait, c’est le décor, faisant errer les personnages dans des couloirs infinis, plutôt glauques avec leurs grands papiers peints et leurs néons rouges. Un vrai décor de cauchemar, un peu léché mais assez efficace il faut bien le dire. Une silhouette de dentelle blanche se faufile à travers une porte, on ne la voit pas mais on sait déjà que c’est l’héroïne. Au détour du fameux couloir, elle tombe sur l’orgie endormie de son frère, toute une bande d’affreux épuisés d’avoir abusé d’une jeune fille enchaînée (gros plan sur ses seins et ses fesses au passage). Lucie la pure s’approche d’elle et lui tend la main, geste de compassion mais peut-être aussi une image de sa future souffrance ? Trop tard, les méchants se réveillent. Et là, paf, générique !

Lucie de Lammermoor par Evgeny Titov © Herwig Prammer
Épisode 2 : Pop-corn et hémoglobine

On a compris au bout du premier épisode, on en aura pour notre argent avec ce qu’il faut de sexe et de violence, car, même si précisément on veut la dénoncer, ça permet toujours de réveiller le spectateur. Mais cette série, on a un peu l’impression de l’avoir déjà vue : cet affreux Ashton qui se fait les biscottos dans la salle de musculation ou bien son servile Gilbert, libidineux en cuir, tout excité par l’odeur de son maître. Ou encore la partie d’échecs que jouent Edgard et Henri, les yeux dans les yeux, pour incarner la tension de la scène. Et puis, ce petit détour par les lits d’enfance de Lucie et Edgard, la sœur et le frère : c’est le flashback psychologisant, en images surexposées, qu’on attend dans toute bonne série américaine. Pourquoi pas après tout ? L’horreur est à son comble vers la fin de la première saison quand Lucie surgit avec le cœur d’Arthur dans la main : l’occasion d’un gros plan sur le cadavre horriblement éventré du nouveau marié, suspendu au mur. Mais finalement, comme pour Netflix, entre deux cliffhangers, le temps est parfois un peu long.

Lucie de Lammermoor par Evgeny Titov © Herwig Prammer
Épisode 3 : VO ou VF ?

Ce soir, pas le choix, c’est la VF. Les puristes de la VO en seront pour leurs frais. Bien sûr, il faut un petit temps d’adaptation : les coupures, les récits allongés, la tessiture de Lucie toute en légèreté… nos repères changent. Mais ça tombe bien, le doublage est excellent ! Étienne Dupuis, voix claire et libre, capable de cingler ou de s’alléger, sans être artificielle. Léo Vermot-Desroches, timbre un peu plus contraint (il faut dire que l’enjeu est lourd pour un jeune ténor !), parfois nasal, mais voix prometteuse et interprète musical. Last but not least au générique : Sabine Devieilhe, qui traite son instrument avec une douceur et un calme remarquables. Sa voix, elle la maîtrise, jusque dans les suraigus, donnant de la chair aux mots. Sa Lucie traîne avec elle une pure mélancolie.

Épisode 4 : On y revient pour la B.O.

En maître de la bande-son, il y a Speranza Scappucci : la cheffe italienne cultive la variété pour animer la phrase belcantiste. Tout vit dans l’orchestre, parfois même, un peu trop : on y entend de petits décalages et les fragilités des instruments d’époque. Mais Insula Orchestra apporte aussi de la transparence et de la ligne à la partition de Donizetti, sans jamais couvrir les interprètes. Finalement, malgré certains clichés un peu fatigants, on en reprendrait bien une saison 2 de cette Lucie, pour sa grâce et son équilibre.

À Lire également : Lucia di Lammermoor à Rennes, Old but Gold

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