DANSE — Dans My Fierce Ignorant Step au Théâtre de la Ville, le chorégraphe grec Christos Papadopoulos compose une chorégraphie autour de la respiration. Dix danseurs avancent comme un seul corps, portés par l’envie de croire encore à la force du collectif pour ne pas sombrer, comme n’importe quel groupe de musique finalement !
Bon, écouter un groupe de musique (les Beatles par exemple), d’accord, mais écouter un groupe de danseurs ? Tout commence par des halètements discrets amplifiés par des micros, qui deviennent de plus en plus cadencés et réguliers jusqu’à former une pulsation commune. À mesure que la pièce avance, les corps deviennent percussions, les respirations, puis les cris, dessinent une partition musicale à part entière. On ne regarde plus seulement la danse : on l’écoute. Avec My Fierce Ignorant Step, le chorégraphe grec poursuit son exploration des phénomènes organiques, fasciné par les dynamiques collectives de la nature. Si seulement il pouvait nous expliquer la séparation des Fab Four, mais c’est un autre sujet…
Right now, over me !
Sur un plateau complètement dépouillé, dix danseurs avancent d’un même pas, espacés avec précision (non pas sur un passage-piéton mais sur scène). Ils fixent le public et traversent l’espace comme poussés par une force intérieure qui ne tolère ni arrêt ni dispersion. Le mouvement paraît simple : un buste qui ondule, un pas qui se décale, une tête qui se tord, des bras qui s’agitent. Mais cette simplicité est trompeuse : elle exige une maîtrise totale, une écoute constante entre les interprètes pour qu’ils se synchronisent sans se regarder… comme sur la pochette d’Abbey Road finalement !
Au centre, deux danseurs, un homme et une femme, agissent comme un aimant autour duquel gravite le groupe. Les interprètes, vêtus de costumes sombres aux nuances de bleu, gris, marron, composent ainsi un corps pluriel traversé de singularités. Quelques sourires complices, des clins d’œil, des regards francs font émerger une singularité mais jamais au point de rechercher la performance individuelle, enfin, pas avant 1969 en tout cas…

Something
La musique électronique de Kornilios Selamsis agit comme un moteur d’énergie. Construite sur une pulsation répétitive qui rappelle le Boléro de Ravel, elle monte progressivement en intensité jusqu’à la rupture. Plus le rythme s’accélère, plus les corps se libèrent : courses, sauts, accélérations, flashs lumineux blancs ou violets comme des stroboscopes… L’énergie devient orageuse. Et pourtant, jamais le groupe ne se dissout.
Même au bord de l’explosion, quelque chose (ou Something) maintient l’ensemble. Une colle invisible, qui relie les danseurs entre eux et empêche la pièce de sombrer dans le chaos de la pure démonstration technique. Par comparaison, même séparés, les Beatles restaient les Beatles.
All you need is love
Au-delà de sa dimension hypnotique, My Fierce Ignorant Step dessine une forme d’utopie fragile : celle du collectif comme espace de survie. Dans un monde traversé par les guerres, les tensions politiques, la corruption et la crise écologique, le groupe devient un lieu de ressourcement et d’optimisme. Le titre lui-même, « Mon pas féroce et ignorant », suggère cette avancée instinctive guidée par une énergie vitale : continuer à vivre ensemble malgré l’incertitude, marcher sans garantie, croire encore à l’impossible dans un élan commun. Bref, espérer un monde meilleur tous ensemble. Et comme disaient John, Paul, George et Ringo : Peace and love !
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