AccueilDisquesLe Palazzetto Bru Zane embrasse La Belle au Bois Dormant

Le Palazzetto Bru Zane embrasse La Belle au Bois Dormant

DISQUE – La Belle au Bois Dormant de Charles Silver est enregistrée pour la première fois de l’Histoire par les éditions du Palazzetto Bru Zane. György Vashegyi dirige l’Orchestre de la Philharmonie nationale hongroise. Guylaine Girard, Julien Dran, Kate Aldrich et Thomas Dolié sont au cœur de la distribution.

Il était une fois, à l’aube du vingtième siècle, la naissance d’une féerie lyrique : La Belle au Bois Dormant. Ses fées marraines, les librettistes Michel Carré et Paul Collin ainsi que le compositeur Charles Silver, se penchèrent sur son berceau et lui accordèrent des dons splendides : un livret poétique sublimant la langue française dans les descriptions et les expressions sentimentales, et une composition dans le digne héritage de Jules Massenet (et de sa proche cousine Cendrillon notamment). Ressemblant naturellement à son lointain ancêtre, le conte de Perrault, la jeune enfant diffère de celui-ci dans le remplacement du fuseau par un premier baiser (c’est donc à la fois l’amour qui la plonge dans son sommeil et qui la réveille) et l’adjonction de personnages secondaires issus de la tradition du demi-caractère (un rival du Prince notamment). Forte de ses charmes, la jeune enfant connut un certain succès après sa naissance à l’Opéra de Marseille mais fut plongée dans un profond sommeil par la première guerre mondiale.

Plus d’un siècle plus tard, les chercheurs du Palazzetto Bru Zane percent la mystérieuse forêt qui l’entourait et la retrouvent. Après un premier réveil scénique, ils l’embrassent une seconde fois au disque pour qu’elle puisse ne plus jamais tomber dans l’oubli. Malgré les années passées, la passion et la tendresse du baiser lui redonnent toute sa superbe. De sa baguette magique, György Vashegyi enchante l’Orchestre de la Philharmonie nationale hongroise qui fait étinceler les vastes plages orchestrales comme de la poussière de fées et anime le mouvement des créatures merveilleuses dans les entractes comme les divertissements répartis au fil du drame. La grâce d’Aurore transparaît de la finesse du chant de la soprano Guylaine Girard. Comme sorti d’un rêve, le Prince de Julien Dran alterne dans son interprétation de vaillants passages de bravoure et une sensibilité portant la poésie des duos et des monologues plus introspectifs. Presque incantatoire, la voix de Kate Aldrich parfume la sorcellerie d’Urgèle tant de détermination que d’ésotérisme. La tendresse du phrasé de Thomas Dolié et la chaleur de son timbre baryton traduisent l’empathie du Roi pour sa fille. Matthieu Lécroart en Barnabé et Clémence Tilquin en Jacotte (qui interprète aussi le Page et le rôle parlé de Primevère) trouvent avec une grande justesse l’équilibre de leur duo mêlant avec complexité humour et sincérité des sentiments. La fermeté dans la voix d’Adrien Fournaison renforce les effets comiques du personnage.

Dans l’accompagnement de l’ « écho » comme en « voix du vent », le Chœur national de Hongrie forme un éther pur, caractérisant le caractère surnaturel de l’ambiance. Son rayonnement se marie à celui de l’orchestre et des personnages lors de la somptueuse apothéose finale qui fait briller la musique d’un éclat digne d’un chef d’œuvre se réveillant.

Avec de tels atouts, cette Belle au Bois Dormant a tout pour vivre heureuse et qui sait peut-être avoir beaucoup d’enfants !

Pourquoi on aime ?

  • Pour la qualité de l’objet livre-disque tant sur la forme (avec le petit clin d’œil au nom du compositeur dans la couleur grise de la couverture) que sur le fond (mise en contexte, rappels historiques, critique d’époque…).
  • Pour la direction à la fois fluide et intense de György Vashegyi qui donne une belle unité au drame et appose finement les effets orchestraux sur le livret tout en préservant les équilibres
  • Pour la qualité constante de la diction permettant d’apprécier la beauté de la langue
  • Pour la redécouverte de cette magnifique partition qui se situe probablement parmi les plus réussies de la collection

C’est pour qui ?

  • Ceux qui veulent un brin de magie dans leur vie
  • Ceux qui aiment dénicher des pépites oubliées
  • Ceux qui aiment les opéras les plus grandioses : grand orchestre, grand chœur, grandes voix et ballet en supplément
  • Ceux qui refusent de choisir entre grands sentiments et pointe d’humour
  • Ceux qui aiment la Cendrillon de Massenet, vous allez adorer La Belle au Bois Dormant de Silver
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