The Master’s Tools à Brest

DANSE — Au cœur des Ateliers des Capucins, sur la Place des Machines, une limousine noire attire les regards. Certains s’arrêtent, la photographient, tournent autour. D’autres poursuivent leur chemin avant de revenir.

Dans les Ateliers des Capucins  l’objet détonne. Symbole de réussite pour les uns, incarnation du pouvoir pour les autres, elle constitue le point de départ de « The Master’s Tools », l’exposition performative imaginée par (LA)HORDE x Ballet national de Marseille.

Empruntant son titre à l’essai d’Audre Lorde « The Master’s Tools Will Never Dismantle the Master’s House », l’œuvre se déploie comme une vaste chorégraphie de la résistance. Les corps occupent l’espace public, s’assemblent, se dispersent puis se retrouvent. Les mouvements saccadés du jumpstyle, popularisés sur Internet et réappropriés par (LA)HORDE dans « To Da Bone », deviennent le langage d’une jeunesse qui refuse l’immobilité. Les pieds frappent le sol, les torses se tendent, les gestes se répètent jusqu’à l’épuisement. Une énergie brute traverse la Place des Machines.

Mais à Brest, la pièce ne repose pas seulement sur les interprètes venus avec la compagnie. Parmi eux, vingt amateurs brestois. Étudiants, salariés, artistes ou jeunes actifs : ils ont répondu à l’appel lancé quelques mois plus tôt par Le Quartz. Aucun parcours ne ressemble à un autre. Certains connaissaient déjà l’univers de (LA)HORDE, d’autres l’ont découvert en candidatant. Tous se retrouvent aujourd’hui intégrés à cette horde éphémère qui investit l’espace public.

© Pierre-Alphone Hamman

Autour de la limousine, les groupes se forment puis se défont. Plus loin, un slogan apparaît : « Demain est annulé ». Quelques minutes plus tard, une autolaveuse l’efface méthodiquement. Puis le message revient. Encore. Et encore. La scène pourrait prêter à sourire si elle ne racontait pas quelque chose de plus profond : cette impression d’un éternel recommencement. Les révoltes émergent, disparaissent, ressurgissent sous d’autres formes. Les causes changent, les mécanismes demeurent.

Entre performance, manifestation et tournage, ces outils de maître entretiennent volontairement le doute. Le spectateur ne sait plus très bien où se situer. Observe-t-il une œuvre ou un rassemblement ? Assiste-t-il à une fiction ou à une scène de contestation ? Dans ce flottement, (LA)HORDE interroge la puissance des images et notre fascination persistante pour les symboles de pouvoir.            

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