AccueilA la Une« J’ai deux amours » : Ambiance Années Folles à Brest

« J’ai deux amours » : Ambiance Années Folles à Brest

COMPTE-RENDU – Dernier concert symphonique de la saison du Quartz, le programme « J’ai deux amours » a été l’occasion de réunir l’Orchestre National de Bretagne, dirigé par Nicolas Ellis, le pianiste Alexandre Tharaud et la mezzo-soprano Camille Bauer autour d’un hommage à Joséphine Baker. Au programme : Darius Milhaud, Francis Poulenc, mais aussi une création contemporaine de Caroline Marçot.

Joséphine Baker : deux amours, mais surtout mille et une vies

Lorsque l’on parle de Joséphine Baker, on ne parle pas seulement de la chanteuse et danseuse, figure emblématique du Paris des Années Folles mais d’une désormais panthéonisée qui a eu mille autres vies : actrice, résistante, espionne pour le compte des alliés, lieutenant de l’armée de l’air (elle possédait le brevet de pilote). Elle a également été une grande philanthrope, ayant œuvré aux soupes populaires durant la Grande Dépression, puis engagée auprès de la Croix-Rouge durant la Deuxième Guerre Mondiale. À cela, il faut ajouter son combat de défenseuse des droits de l’Homme (et de la femme), en particulier contre la ségrégation raciale dans son pays natal, d’abord dans sa jeunesse en participant au mouvement culturel de la Harlem Renaissance, puis dans les années 1960 lors du mouvement des droits civiques. Elle apparaît notamment aux côtés de Martin Luther King le 28 août 1963 à Washington, lors de son célèbre discours « I have a dream ». Ce jour-là, Joséphine Baker s’est elle-même exprimée à la tribune, dans un discours moins célèbre auquel rend hommage la création de la compositrice contemporaine Caroline Marçot : Chalk Line, pour orchestre et voix de mezzo-soprano. Une œuvre pleine de ferveur et de contraste, parsemée de références à la musique afro-américaine. La partie vocale fleure le blues, avec des passages parlés reprenant les mots de Joséphine Baker et d’autres militantes montées à la tribune ce jour-là. L’œuvre se termine en suspens, probablement pour signifier un combat non-achevé. Elle est très applaudie.

Les années 20 un siècle après : Darius Milhaud et Francis Poulenc

Darius Milhaud et Francis Poulenc, figures de l’avant-garde parisienne, ont probablement côtoyé Joséphine Baker. Le Bœuf sur le Toit, pièce de bravoure agréablement polytonale, plonge la salle dans une ambiance de carnaval brésilien. Chaque variation recèle de nouvelles surprises, comme ce passage en pizzicati et col legno (c’est-à-dire frappé sur les cordes avec le dos de l’archet). Le chef Nicolas Ellis semble s’en donner à cœur joie, avec une énergie communicative, bien transmise à son orchestre. Alexandre Tharaud rejoint ensuite la fête avec le Concerto pour piano de Poulenc. Les sonorités classiques s’y mêlent à la mélopée mélancolique inspirée des chansons populaires de l’époque, avec aussi quelques accents de musique de film. Un assortiment de chansons françaises arrangées pour orchestre et piano offrent à Alexandre Tharaud l’occasion de montrer sa virtuosité et sa sensibilité dans un jeu envoûtant.

Le public comblé applaudit chaleureusement ce concert au programme éclectique, qui met en avant autant des pages modernes de la musique classique que la personnalité hors-du-commun de Joséphine Baker.

À Lire également : Adèle Charvet, Osée Joséphine au TCE

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