COMPTE-RENDU — Le Festival Radio France Occitanie Montpellier propose au Corum / Opéra Berlioz le monument Tristan et Isolde de Richard Wagner en version de concert.
Endurance
On parle souvent de Tristan et Isolde comme d’un sommet musical, mais on oublie parfois qu’il s’agit aussi d’un marathon. Pendant près de cinq heures, Wagner demande aux musiciens de rester constamment engagés, parfois dans des tessitures extrêmes, sans véritable possibilité de relâcher l’effort. Même en version de concert, l’œuvre conserve toutes ses exigences dramatiques. Les partitions restent ouvertes devant les solistes, mais certains choisissent rapidement de s’en détacher.

Tristan face public
Le Tristan de Stuart Skelton regarde fréquemment la salle. La gestuelle accompagne constamment le chant, comme s’il refusait que l’absence de mise en scène prive le personnage de théâtre. Anja Kampe lui répond avec la même stabilité vocale. Isolde traverse les actes sans que la ligne ne perde sa densité, faisant oublier l’ampleur de l’effort demandé par la partition.

À leurs côtés, Iain Paterson laisse parfois deviner la fatigue. Quelques phrases semblent demander davantage d’énergie, mais Kurwenal retrouve rapidement son équilibre et poursuit son rôle sans que cette tension ne s’installe durablement.

Sous la direction de Jaap van Zweden, l’Orchestre Philharmonique de Radio France accompagne les chanteurs avec une attention constante, trouvant un équilibre permettant aux voix de conserver leur présence malgré la densité de la partition. Les cordes portent les longues lignes avec continuité, tandis que les bois et les cuivres se distinguent dans les moments de tension.
Même le chœur raconte une histoire
Le Chœur d’hommes de Radio France intervient relativement peu, mais chacune de ses interventions marque immédiatement la salle. Les voix masculines dessinent avec netteté l’univers des marins voulu par Wagner. Les pupitres sonnent avec une franchise presque rugueuse, apportant une couleur très différente de celle de l’orchestre.
Le chœur ne reviendra pas saluer à la fin, mais après cinq heures, on est presque tenté de leur accorder la circonstance atténuante, pour cause de performance exténuante.

Le public aussi passé à l’épreuve
L’endurance ne concerne d’ailleurs pas seulement les artistes. Au fil des deux entractes, les balcons latéraux et le fond de la salle se dégarnissent quelque peu. Cinq heures représentent aussi un défi pour le public. Mais les rangs du parterre restent occupés jusqu’au bout. Et lorsque les dernières notes s’éteignent, la fatigue semble soudain disparaître. Les applaudissements éclatent immédiatement, une partie de la salle se lève et remercie longuement les artistes pour l’ampleur du travail accompli.

Wagner voit toujours plus grand
Dans Tristan et Isolde, Wagner ne cherche jamais la demi-mesure.
Tout est plus long, plus dense, plus exigeant. Les chanteurs doivent tenir, l’orchestre doit tenir, le chef doit tenir… et le public également. Samedi soir à Montpellier, chacun semble avoir accepté cette règle du jeu. Et lorsque les lumières se rallument près de cinq heures plus tard, il ne reste finalement qu’une seule évidence : avec Wagner, la véritable victoire consiste peut-être simplement à franchir la ligne d’arrivée ensemble.
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