CONCOURS – Deux œuvres, deux prix, mais surtout une même signature. À 29 ans, le Français Adrien Sassier s’impose parmi les lauréats de l’édition 2026 du Concours International George Enescu à Bucarest : Les Ailes du Désespoir reçoit le Prix de musique de chambre et Rêves en Fleur le Prix spécial pour l’originalité. Un doublé d’autant plus singulier que, sans connaître l’identité de leur auteur, une partie du jury avait déjà deviné que les deux partitions venaient de la même main.
Le 23 août, à l’Athénée roumain, Sassier voit ainsi son nom apparaître deux fois au premier palmarès de cette édition. Une performance notable parmi les 111 candidatures étudiées, dont 79 œuvres symphoniques et 32 de musique de chambre.
Une signature sans nom
Le règlement impose pourtant l’anonymat des partitions et interdit toute indication permettant d’identifier leur auteur. Cela n’empêche pas plusieurs jurés de rapprocher Les Ailes du Désespoir et Rêves en Fleur avant même l’ouverture des enveloppes.
Rencontré à Bucarest par Classykêo, le président du jury de composition Zygmunt Krauze explique que la parenté était perceptible aussi bien à l’écoute que dans l’écriture : « the writing was similar and the music was similar ». Environ la moitié du jury aurait partagé cette intuition. Les deux partitions étaient différentes, mais quelque chose résistait à l’anonymat : une personnalité musicale suffisamment affirmée pour être reconnue avant son compositeur.
Cette cohérence rejoint le parcours de Sassier, particulièrement attaché à la couleur et à l’instrumentation. Venu relativement tard à la musique après avoir pratiqué le patinage artistique, il découvre l’univers symphonique par la musique de film avant de se tourner vers Ravel, Richard Strauss, Dutilleux ou Jean-Louis Florentz. Son travail navigue aujourd’hui entre concert, image, danse et électronique.
Original, mais surtout bien écrit
Reste un paradoxe : comment deux œuvres reconnaissables comme provenant d’un même compositeur peuvent-elles conduire l’une d’elles à recevoir précisément un Prix pour l’originalité ?
Pour Krauze, la réponse se trouve moins dans la recherche absolue de nouveauté que dans la maîtrise de l’écriture. À une époque où styles et techniques coexistent librement, l’originalité seule ne suffit plus : « It’s not the question of originality but it must be something which is very well done. » Quant à l’écriture instrumentale de Rêves en Fleur, son verdict est plus direct encore : « In this case, it was excellent. »
Adrien Sassier quitte ainsi Bucarest avec 12.000 euros de récompenses et deux lignes supplémentaires à son palmarès. Mais peut-être avec une distinction plus rare encore : dans un concours où tout est fait pour effacer le nom du compositeur, son écriture avait déjà commencé à le révéler.
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