COMPTE-RENDU — Ce vendredi 28 août 2026, à l’Athénée roumain de Bucarest, le Concours International George Enescu présente le Concert final de la masterclass de direction.
Des robes de toutes les couleurs d’un côté ; de l’autre, des costumes noirs égayés de nœuds papillon qui ne semblent pas parvenir à choisir une couleur commune. Avant même la première note, le Romanian Youth Orchestra donne à cette finale un visage inhabituellement chaleureux. Mais ce soir, la jeunesse ne se trouve pas seulement dans les rangs de l’orchestre : elle est aussi invitée à monter sur le podium de Cristian Măcelaru.
Trois baguettes, trois caractères
Le concert est surtout la partie visible d’un travail commencé plusieurs jours auparavant. Initiée en 2024, la masterclass de direction prend cette année la forme d’un parcours intensif : du 24 au 28 août, six jeunes chefs travaillent directement avec Cristian Măcelaru et le Romanian Youth Orchestra, entre étude des partitions, technique de direction et répétitions. Les séances sont même ouvertes gratuitement au public, permettant d’observer un processus habituellement caché derrière les portes des salles de répétition. Au terme de ces journées, trois participants seulement sont choisis pour retrouver l’orchestre sur la scène de l’Athénée.
Benjamin Draper ouvre ainsi le bal avec l’Ouverture de concert sur des thèmes populaires roumains de George Enescu. Son geste accompagne une lecture très expressive, jusqu’à une conclusion dont la puissance semble déjà vouloir transformer l’exercice pédagogique en véritable concert.

Car c’est bien là tout l’intérêt de la soirée : observer non pas trois élèves reproduisant l’enseignement d’un maître, mais trois personnalités confrontées au même orchestre. Ana Spasovska doit notamment se mesurer à un tout autre défi avec Anna Livia Plurabelle – Fantasy for Orchestra de Livia Teodorescu-Ciocănea, donnée en création mondiale. Une partition rythmiquement complexe, traversée de changements et de nuances multiples, qui oblige à maintenir ensemble les nombreux fils de son discours. Au terme de l’œuvre, la compositrice présente dans la salle vient recevoir les applaudissements et un bouquet de fleurs : la transmission se joue aussi entre générations de créateurs et d’interprètes.

Valentina Paolucci change encore de terrain avec l’ouverture de La forza del destino. Verdi offre au public le langage le plus immédiatement familier de ces trois passages de relais. L’orchestre se fait captivant, le discours plus directement théâtral et la réaction enthousiaste de la salle rappelle que l’accessibilité n’empêche en rien l’intensité.

Quand le professeur reprend la baguette
Après avoir laissé le podium à ses trois élèves, Cristian Măcelaru finit par le retrouver avec le Concerto pour orchestre de Bartók. Le changement de perspective est saisissant. Après avoir suivi pendant plusieurs jours ceux qui apprennent à maîtriser l’orchestre, le public voit désormais leur mentor prendre lui-même les commandes. Măcelaru déploie la puissance de cette formation avec une autorité qui n’étouffe jamais son énergie.

Et c’est peut-être le Romanian Youth Orchestra qui donne finalement son unité à la soirée. Derrière les robes et les nœuds papillon colorés se trouve un ensemble capable de passer d’un chef à l’autre, d’une création mondiale à Verdi, puis de se jeter dans Bartók avec Măcelaru.

Un maître, trois jeunes chefs et un orchestre qui porte jusque dans ses couleurs son appartenance à une nouvelle génération : au Concours Enescu, la transmission ne se raconte pas. Elle monte sur le podium.
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