COMPTE-RENDU — La 77ᵉ édition du Festival de Menton accueille deux invités de marque pour un récital prestigieux, celui du violoniste Leonidas Kavakos et du pianiste Enrico Pace. À leurs côtés, nous voici embarqués dans un voyage entre terre et mer mais aussi dans la découverte de nos sens, qui ne se limitent pas à l’ouïe.
Alors que le ciel étoilé tarde à se dévoiler, les spectateurs ont l’embarras du choix : admirer la majestueuse façade de la basilique Saint-Michel-Archange, magnifiée par les couleurs chaudes des éclairages et la lueur des bougies, ou bien laisser leur regard se perdre sur la Méditerranée, bercé par une légère brise marine.
Les sens en éveil
Tous les sens sont déjà en éveil, comme le prélude à une invitation au voyage avant le début du concert. Le violoniste Leonidas Kavakos et le pianiste Enrico Pace prennent place ce soir, prêts à guider le public dans un voyage où la musique dialogue avec nos sens. Il ne manquerait que quelques bougies parfumées disposées autour des musiciens, mais nous divaguons peut-être un peu trop…
Habitués à partager la scène, les deux artistes se livrent à un récital riche en émotions. Peu à peu, une atmosphère feutrée s’installe, comme si le temps ralentissait pour laisser toute sa place à la magie du lieu, même si la vie continuait son cours non loin. Les effluves des restaurants voisins, les rires des passants ou encore les quelques mouettes survolant le parvis participent à cette expérience, rappelant le caractère synesthésique de la soirée : c’est-à-dire un phénomène neurologique par lequel plusieurs sens se conjuguent simultanément (et ça vous fera un nouveau mot à caser au Scrabble, de rien).
Un accord parfait
Malgré la prestance du décor, le duo s’impose avec une étonnante simplicité. Leonidas Kavakos et Enrico Pace prennent place avec une assurance tranquille. Le temps semble s’être arrêté dès les premiers accords de la Sonate n° 4 en la mineur de Beethoven. L’ouïe prend alors le pas sur le reste. Le jeu de Leonidas Kavakos, profondément intériorisé, laisse volontairement planer une part de mystère. Peu démonstratif dans sa gestuelle, le violoniste préfère laisser parler les nuances et les silences, offrant au public la liberté de s’approprier chaque phrase musicale et de s’évader.
Le Divertimento en quatre mouvements de Stravinsky vient rompre avec cette atmosphère par un discours plus sombre et mordant, ponctué d’accents ténébreux et pincés. Les morceaux s’enchaînent, tous aussi contrastés les uns que les autres, laissant aux spectateurs le défi de trouver le rythme auquel battre leurs éventails. Les phrasés, tantôt langoureux, tantôt plus toniques, se confondent avec le jeu d’Enrico Pace, toujours attentif aux intentions du violoniste. Le pianiste suit le flot en faisant ressortir les harmonies graves qui soutiennent la mélodie du violon. Particulièrement aux aguets, il engage et conduit un véritable dialogue musical. Les deux musiciens construisent ainsi une conversation où chaque intervention trouve sa résonance dans celle de l’autre.
C’est à la nuit tombée que les artistes clôturent cette parenthèse sonore et visuelle, après avoir mis les sens du public « sens dessus dessous », c’est le cas de le dire.
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