AccueilA la UneVivaldi parle cash au Festival Été musical de Dinan

Vivaldi parle cash au Festival Été musical de Dinan

COMPTE-RENDU — « Per li cognoli » tempétait un Vivaldi bien décidé à mettre la pâtée aux pisse-froid de tous bords. Les yeux levés au ciel, il biffait les remarques jugées stupides d’un éditeur allemand en les remplaçant par ce qui deviendra le sous-titre de l’un de ses cinq cents concerti.

Quelque trois cents ans plus tard, Luca Montebugnoli, directeur artistique du festival de l’Été musical de Dinan, et Amandine Beyer, violoniste baroque et fondatrice de l’ensemble Gli Incogniti, relataient cette anecdote et cette phrase que l’on peut traduire « Pour les couillons ». Des rires éclatent dans le Théâtre des Jacobins de Dinan, affichant complet. Au programme de ce concert, une kyrielle d’œuvres peu jouées de ce compositeur et prêtre vénitien du XVIIIᵉ siècle, loin d’être « couillonnes » !

Un concert pour décoincer

Cette gouaille de Vivaldi visait « les couillons », c’est-à-dire tous ceux qui
abhorrent cette « belle imperfection » qui rend la musique si émouvante, libre et spontanée. Tout le contraire de la démarche de « Gli Incogniti » ainsi que du jeu souple, coloré, virtuose à l’envie et imaginatif d’Amandine Beyer, pas « couillons » du tout ! Le nom même de l’ensemble emprunte celui d’un cercle artistique libre qui a influencé la vie culturelle de la Sérénissime au milieu du XVIIᵉ siècle. Rien de rigide là-dedans !

Ce chapelet d’œuvres est marqué par des nuances contrastées, des accents rythmiques, du mordant, des cadences longues, mais surtout, des images et de la créativité ! Par exemple, l’architecture formelle inhabituelle (comme dans le Concerto pour violoncelle et basson accompagnant RV 409) fait éclater la forme conventionnelle. Les adagio hors du temps – joués souplement par la partie de violoncelle solo, juste éclairée par une basse continue au basson – sont interrompus sauvagement par les « Furies » théâtrales des allegros lors des ripieni.

Gare aux « couillons »

Bien sûr, il y a aussi le concerto vedette du soir : le Concerto fatto per M. Pisendel pour violon en la majeur RV 340 « Per li cognoli ». Ce serait dommage de passer à côté du final contenant LA phrase tout de même ! On y retrouve des diminutions en veux-tu en voilà, des gammes dans tous les sens qui mettent le violoniste à l’épreuve dans l’emploi de tas de trucs insensés, comme l’écriture sadique dans le très haut des cordes, des ornements, une cadence d’une longueur inouïe !

Dernier exemple, celui du planant Recitativo en si mineur RV 208 : là, ce sont les larmes assurées. En plus, Amandine Beyer est bouleversante grâce à son jeu éthéré et à son intériorité corporelle, avec ce chant continu et précurseur. Et pour bien agacer les « couillons », la seconde violoniste (une dame arborant une rose rouge) effectue même quelques pas de danse, le tout dans une bonne humeur générale, sous des applaudissements nourris. Bref, un concert tout sauf « couillon » !

À Lire également : La révolution des cordes à La Roque-d’Anthéron

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