COMÉDIE MUSICALE – Onze ans après le Châtelet, la mise en scène signée Robert Carsen du légendaire Singin’ in the Rain fait claquer la pluie au Lido pour le plus grand plaisir de tous et un shot de feel good, à ne pas manquer pour bien affronter la rentrée, et jusqu’au 10 janvier 2027.
Robert Carsen continue d’en-chanter sous la pluie, avec sa mise en scène dévoilée au Théâtre du Châtelet en 2015, reprise au Grand Palais en 2017, et désormais transportée au Théâtre du Lido. Et les moyens sont une nouvelle fois à la hauteur de l’ambition. Il faut dire que lorsqu’on s’attaque à ce monument du musical américain et à la fameuse scène de Gene Kelly chantant sous la pluie, mieux vaut ne pas se planter dans une flaque.

Everybody comes to Hollywood
Derrière une intrigue légère, Singin’ in the Rain (le film de Stanley Donen et Gene Kelly est sorti en 1952) raconte déjà quelque chose de notre époque : que devient-on lorsque la technologie bouleverse les règles du jeu ? À l’ère de l’IA, on est en plein dedans…

Le génie de Carsen réside dans sa manière de brouiller les frontières entre le cinéma et le musical. Écrans géants, décors numériques et jeux de perspectives : on passe d’un studio hollywoodien à une scène de théâtre. Le public devient tour à tour spectateur de cinéma et figurant d’un tournage, tandis que les acteurs se baladent parmi nous. Bref, Carsen ne cherche pas à copier pas le film mais réussit à recréer la magie du cinéma sur une scène de théâtre.

Puis arrive LA fameuse scène. Celle qu’on attend tous, celle qu’on a vue mille fois. Comment faire oublier Gene Kelly dansant et chantant autour d’un réverbère sous une pluie battante ? Carsen reste fidèle à l’original pour que les spectateurs s’y retrouvent. Don Lockwood se met à danser de bonheur sous la pluie après que la brillante Kathy a trouvé une solution pour sauver son film. Les femmes sont décidément toujours les architectes du bonheur et du succès des hommes.
Some stars are born
La troupe se donne à fond : elle excelle dans la danse, le chant et le jeu comique avec quelques numéros de claquettes et d’acrobatie. Ashley Day incarne Don Lockwood avec beaucoup d’aisance. Voix taillée pour le rôle, excellent danseur et charme ravageur : il virevolte au-dessus des flaques avec une facilité déconcertante. Un performer complet !

Face à lui, Maddie Waller prête à Kathy Selden sa fraîcheur, son énergie spontanée et sa voix lumineuse. Dans le rôle de Cosmo Brown, Charlie Waddell relève le défi corsé de Make ’Em Laugh avec une énergie communicative et un sens du rythme impeccable. Mais la palme comique revient à Natasha O’Brien. En Lina Lamont, elle est tout simplement excellente avec sa voix stridente, ses manières vulgaires et son ego surdimensionné. Elle compose une caricature sans faute de la starlette peroxydée, délicieusement insupportable. On rit beaucoup et c’est en grande partie grâce à elle.

La musique n’est pas en reste. Perchés sur des passerelles latérales qui dominent la scène, les 14 musiciens de l’Orchestre du Lido, sous la direction d’Alan Berry, font revivre la partition culte avec une fièvre débordante. Piano, cuivres, instruments à vent et percussions font pleuvoir les notes et donnent le rythme aux numéros de claquettes.

Would you ?
Résultat ? Toujours autant de plaisir de voir et revoir ce classique qui célèbre l’amour, l’amitié, la danse, le chant et la possibilité de se réinventer sans cesse. Alors oui, on connaît la chanson et l’on sait qu’il va pleuvoir sur scène. Mais lorsque, juste après les applaudissements, la troupe revient en cirés et bottes jaunes avec des parapluies multicolores, pour un dernier Singin’ in the Rain, on comprend que le spectacle n’a pas fini de nous mouiller… de magie et de nous faire danser sous la pluie, 74 ans après le film. La magie de Broadway et du Lido !
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