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Critique de la Zone Critique au Collège des Bernardins

COMPTE-RENDU – Le Collège des Bernardins referme la quatrième édition (artistiquement nommée « Opus 4 ») de son Festival, « Terra mysteriosa » (en effet), par une prestation musico-visuelle mix et mixte, avec des vrais morceaux de conférence dedans, sur la notion de « Zone Critique ».

Cette Zone Critique c’est tout simplement notre écosystème, la zone des organismes vivants et des éléments. Mais elle renferme une vision Révolutionnaire, dans le sens littéral du terme et en s’assumant comme telle : une nouvelle vision du monde comme celles offertes par Copernic et Galilée en leur temps. Il fallait alors comprendre que la Terre n’était pas au centre de l’univers ni même du système solaire, il s’agirait désormais de ne plus considérer que l’humanité est au centre et l’ « environnement » autour. Cette philosophie impose une vision unificatrice, qui « rend caduque l’idée de Nature et d’une humanité distincte de cette dernière ».

Il n’y aura pas d’interrogation écrite à la fin de cet article
(zone critique)² = stimulation exponentielle

Tout le paradoxe de la proposition artistique qui met à l’honneur cette zone critique, c’est qu’elle est elle-même une zone critique, dans son fond et sa forme, mais plutôt telle que ce concept la dénonce.
Comme notre zone critique se trouve enfermée entre les roches mères et la basse atomsphère, la prestation artistique est ici tiraillée entre sons et images, comme entre savoir et découverte. La présentation de la zone critique retrace pourtant d’une passionnante manière l’histoire de la Terre et de l’humanité, par ses mythes aussi : nous sommes coincés entre Hadès et Hélios (mais là encore à l’image de ce spectacle qui puise un sens profond pour le rendre lumineux, mais au risque plus qu’avéré de rester dans l’obscurité et l’aveuglement à la fois).
Les extraits de textes parlant de cycles bio-géo-chimiques puis du Gange, puis de bien d’autres choses, sont diffusés en différentes langues, par différents narrateurs (dont le professeur Jérôme Gaillardet présent mais qui butte hélas au fil de la soirée sur son texte). De surcroît, ces propos subissent réverbérations, échos et transformations également appliquées à la musique pendant que des vidéos sont projetées sur trois écrans encadrant les musiciens (3 qui deviennent parfois 48, chaque écran se divisant en 4×4 fenêtres).

There will be no written test at the end of this article
Dé-naturations

Mais, pour le meilleur et pour le pire, ce spectacle est cohérent avec la richesse et les dangers de son objet : ce qui est ici annoncé comme un « concert-performance » est lui aussi une zone critique, un espace où la multiplication d’événements engendre une (sur)activité entre le complexe et le problématique. La musique est portée par l’Ensemble Les Epopées de Stéphane Fuget, sous la direction de Jean-Pierre Seyvos, en petit effectif chambriste. Mais l’un d’entre eux joue de son ordinateur et console sonore pour surmultiplier les stimulations auditives, qui deviennent percussions bruitistes (dans une création signée Olivier Duperron). De quoi regretter d’autant plus le début de la soirée qui commençait bien clairement, avec un son vrombissant illustrant une sortie du monde souterrain. Idem pour les débuts de séquences musicales avant leur traitement et notamment lorsque Claire Lefilliâtre entonne d’une voix lyrique et droite Kyrie ou madrigaux bien vite brouillés (peut-être pour illustrer la destruction par la technologie humaine de l’harmonieuse nature).

« Ad astra per aspera » (dicton latin : aux étoiles via des aspérites)

La Zone Critique critiquable en bien des points a le mérite de plonger l’auditoire « in the zone » (comme la nomment notamment les sportifs américains) : cet état de concentration inconsciente, même si l’attention de certains zone ici jusqu’au bâillement, et de proposer un petit tour des atours de Latour (tout en rendant hommage à ce penseur disparu il y a quatre mois).
Au final, ce spectacle aura parfaitement illustré le thème de ce Festival, « Terra mysteriosa – La Question sans réponse ». Se voulant une prestation artistique, il ne donne pas les clefs pour initier à cette philosophie. Il demande une connaissance préalable pour en apprécier la complexité (de cette pensée, de la prestation audiovisuelle, et encore plus du lien entre les deux).

C’est fort dommage car précisément, cette notion de « zone critique » et toute la philosophie qui la porte nous offre une écologie vivable : en refusant de séparer l’Humanité de son « environnement », parlant nommément d’espoir, et du projet d’une attention renouvelée à la Terre.

À lire également : La Tempête au Festival « Les Heures » du Collège des Bernardins et les comptes-rendus Ôlyrix de cet auguste lieu

Reste à savoir s’il donne envie à l’auditoire du petit auditorium du Collège des Bernardins, et à son assistance visiblement curieuse, de se pencher sur les travaux de Bruno Latour.
Au moins ce lieu creuse-t-il son identité, proche du Boulevard Saint-Germain, enclave architecturale de spiritualité pluri-séculaire devenue séculière et plongée vers l’avenir.
Au moins, une spectatrice témoigne-t-elle, telle une nouvelle brève de concert lorsque la musique s’arrête : « après ça, je n’ai qu’une envie, c’est de regarder le ciel avec les étoiles ! »

image de couverture : Collège des Bernardins © Laurence de Terline

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