COMPTE-RENDU – Le Grand Théâtre de Genève inaugure sa saison et le mandat d’Alain Perroux avec La Tempête, rare opéra de Frank Martin qui se déchaîne sur le Bâtiment des Forces Motrices.
Ce lieu même (accueillant les productions du Grand Théâtre de Genève pendant des travaux) est un témoignage de la tempêtueuse et triomphante époque de l’industrie et de la science au XIXe siècle (il s’agissait d’une usine de gestion des eaux et de production d’électricité). La mise en scène de Netia Jones s’inspire de cet environnement et Prospero, duc de Milan déchu et réfugié avec sa fille sur une île où il règne en Maître, est une sorte de démiurge non plus seulement grâce à la magie, mais ici comme un savant un peu fou, grâce à sa maîtrise de l’électricité.
La mise en scène renonçant à la dimension féerique transporte cependant l’œuvre dans l’onirisme, avec de belles images dues aux lumières subtiles et colorées de Malcolm Rippeth et aux vidéos de Lightmap
Le jeu se déroule sur un échafaudage central, tournant, permettant divers déploiements scénique et orné de globes (sortes d’écrans où apparaît Ariel, pur esprit, immatériel, rôle multiple, parlé par un comédien, l’excellent Joseph Chosson, et chanté par la séduction éthérée du Chœur maison).
Musique électrique
La partition est un alliage tempêtueux de musique énergique, assez éclectique, souvent descriptive, expressionniste, parfois jazzy ou lyrique.
La vraie tempête Shakespearienne est celle, intérieure, des passions, les plus viles (cupidité, avidité, trahison, cruauté, violence) mais aussi les plus nobles tel l’amour pur et la grandeur d’âme. Elle est traduite par l’Orchestre de la Suisse Romande et la maestria de Thierry Fischer, ainsi qu’une distribution de premier plan. Le florilège des voix superbes et sonores se déploie tant chez les burlesques que chez les aristos napolitains : la jolie Miranda, fraîche et candide de Catherine Trottmann, le Ferdinand noble et éperdu d’amour du ténor Julien Dran (flamboyant dans une partition très tendue pour la voix), le baryton Stéphane Degout en Prospero omni-présent, qui tient le spectacle d’une santé vocale d’airain et de sensibilité mêlés.
Le public offre une tempête d’applaudissements à cette production.
En collaboration et dans le cadre du projet artistique et patrimonial de l’Association L’Odyssée Frank Martin
Pour tout savoir sur La Tempête de Frank Martin, retrouvez le numéro dédié d’Avant-Scène Opéra











Photos © Carole Parodi

