AccueilA la UneSamy Rachid et l’Orchestre de Paris : imagine un peu le rêve

Samy Rachid et l’Orchestre de Paris : imagine un peu le rêve

COMPTE-RENDU – La veille il ne savait pas qu’il dirigerait à la Philharmonie. A 11h le lendemain le voici à la générale, pour un concert à 20h. Le chef d’orchestre Samy Rachid a effectué un remplacement au pied levé du convalescent Robin Ticciati à la tête de l’Orchestre de Paris. Et tout s’est passé comme dans ses rêves d’étudiant, avec en prime un soliste qu’il connaissait d’antan.

Conservatoire National Supérieur de Musique et de Danse de Paris (CNSMDP), 15 ans plus tôt. Pause café :

– Seong-Jin Cho : « Tiens, m’sieur Rachid, comment vas-tu ? »

– Samy Rachid : « Ben pas mal m’sieur Cho, tu pars sur un café ? »

– Seong-Jin : « Tu bosses sur quoi aujourd’hui ? »

– Samy : « Dvořák 8 et toi ? »

– Seong-Jin : « Quatrième concerto de Beethov. On a un programme parfait pour un concert à nous deux n’empêche. »

[Samy Rachid et Seong-Jin Cho étaient camarades au CNSMDP de Paris dans les années 2010 et ne s’étaient pas revus jusqu’à ce concert du 16 septembre 2026.]

– Samy : « T’imagines un peu l’affiche : « CHO-RACHID, le concert événement ! ». Et tout ça dans une super grande salle avec un super orchestre.»

– Seong-Jin : « Pleyel ? »

– Samy : « Ben si on continue la carte du fantasme on peut carrément imaginer une salle du futur, avec une acoustique à rendre jaloux la terre entière. ».

[La Philharmonie de Paris a été inaugurée en 2015 et a été très vite saluée pour son acoustique exceptionnelle.]

– Seong-Jin « Quel orchestre ? »

– Samy : « Celui de Paris évidemment. Et mieux encore : je remplace au pied levé un chef de manière héroïque, genre le gars qui n’a même pas 24 heures pour se préparer ! Si c’est Dvořák 8 ça le fait sans souci vu le niveau de l’orchestre. »

– Seong-Jin : « Ça commencerait avec mon concerto, où j’aurais l’air de jouer comme si c’était facile, capable de faire oublier au public à quel point j’ai bossé comme un fou chaque mesure. Tu aurais la critique qui dirait quelque chose comme : « Une entrée en scène pleine de flegme, sans comédie, et un Quatrième concerto pour piano de Beethoven qui commence tout en douceur. L’articulation sera remarquée pour sa rondeur et son élégance. La maîtrise est totale et l’interprétation du jeune homme est structurée et dynamique. »

Et mon bis autour de La Chauve-Souris de Johann Strauss II donnera le sourire à l’orchestre et au public, où je laisserais ma virtuosité et mon enthousiasme débordant englober tout le monde ! »

[Le garçon aura vu juste ! Il faudra seulement signaler que la main gauche prenait par moments un peu trop le dessus sur la main droite et que les traits virtuoses manquaient de liaison avec ce qui les entoure. Mais sinon oui, c’était très bien !]

Seong Jin Cho © Christoph Kostlin DG

– Samy : « Tu feras attention à moi quand même pour les passages délicats hein ? Ne va pas partir tout seul dans ton tempo perso. »

– Seong-Jin : « Je garderais un œil sur toi pas de soucis, mais n’en fais pas trop toi non plus. »

[Leur communication sera ainsi la plupart du temps au beau fixe, tandis que l’orchestre et son savoir-faire sauront aider le chef lors des passages complexes.]

– Samy : « Avec un orchestre comme celui de Paris de tout de façon il y aura de quoi se régaler pourtant ! Je vais pouvoir faire sonner cette symphonie comme jamais ! »

[Mention spéciale pour les contrebasses, particulièrement impressionnantes lorsqu’il s’agit de sentir les inflexions du pianiste, malgré la distance qui les sépare. Le son de l’orchestre, très sec, incisif, à la limite de la justesse et légèrement déphasé par rapport à la version du pianiste posera question. Cette dualité sera d’autant plus visible lors du dernier mouvement, où deux mondes s’opposeront, ce qui laissera peu de place au soliste.]

– Samy : « Et ensuite c’est le bouquet final, avec Dvořák 8, où tu m’admireras depuis l’écran des coulisses. Quel pied ça va être ! »

[Un plaisir très communicatif du chef avec cet orchestre, en parfaite symbiose dans cette interprétation pleine de lâcher prise. Superbes violoncelles au premier mouvement, des trompettes qui semblent être au singulier tant l’émission est parfaite, des cors à l’articulation modèle et des clarinettes géniales aux émissions piano et dolce succulentes]

– Cho : « Et standing ovation du public en délire ! »

[Seule prédiction fausse des étudiants : la malédiction des cinquante personnes qui quittent la salle en courant après ou avant la dernière note a continué à faire office]

– Samy : « Bref, je retourne à mon studio, c’est pas le tout de dire n’importe quoi, je sais même pas où acheter une queue de pie alors… »

[Samy Rachid a depuis trouvé le bon magasin]

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Photo en Une : Philharmonie de Paris CC4, Gode Nehler

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