COMPTE-RENDU – Le Collectif Ubique revient au Festival d’Ambronay avec La Lampe, d’après Aladdin. Et si le spectacle pour enfants est aussi destiné aux adultes, c’est peut-être parce qu’il rappelle à tout le monde une chose que l’on oublie facilement : pour voir du merveilleux, il n’est pas toujours nécessaire de le montrer.
Tout commence avec presque rien…
Trois mendiants apparaissent sur scène. Ils s’excusent beaucoup, demandent une pièce, recommencent. « Bonjour madame, excusez-moi de vous déranger… » La mécanique est simple, le comique de répétition redoutablement efficace : les petits rient, les grands aussi. Puis arrive un magicien à la recherche de la caverne des merveilles. Les trois lui proposent leur amitié. Refus poli, ou plutôt absence totale de disponibilité : monsieur a mieux à faire, il cherche du merveilleux. Ça tombe bien : les trois mendiants vont devenir la caverne. Quelques costumes (Alejandra Garcia) colorés, psychédéliques et pailletés, et les corps se transforment en décor. Le Collectif Ubique — Audrey Daoudal, Vivien Simon, Simon Waddell et Thomas Favre — joue, chante, danse et fait de la musique sans jamais donner l’impression qu’il manque quelque chose. Le merveilleux ne se cache pas derrière un écran : il se fabrique sous les yeux du public.
La musique accompagne le conte comme une seconde narration, portée par le jeu des instruments autant que par les voix. Violon, clavier, bodhrán et théorbe se répondent au fil du récit, tandis que les quatre artistes passent avec une grande fluidité du jeu à la musique et à la danse. Les compositions participent pleinement à la création de l’univers, par leur caractère burlesque à des passages plus mystérieux et poétiques.
Le merveilleux a disparu ? Qu’à cela ne tienne.
La caverne, endormie depuis des millénaires, est réveillée par le magicien. Elle doit alors se souvenir de qui elle est. En échange de la lampe qu’il convoite, elle lui demande de lui trouver des amis musiciens. Car le dernier génie n’est pas arrivé là par hasard. Autrefois, les lampes pullulaient, jusqu’à ce que les hommes épuisent les génies à force de vœux. Chaque souhait accompli les faisait disparaître. À force de vouloir toujours davantage, l’humanité a donc fini par faire disparaître le merveilleux lui-même. La caverne a caché le dernier génie pour le protéger — et, ce faisant, a enfermé avec lui toute la magie du monde. Les trois musiciens-mendiants reviennent alors, engloutis par la caverne puisqu’ils font eux aussi partie de ce merveilleux. À eux revient la lourde tâche de formuler le vœu. Et non, pas de liasses de billets tombant du ciel : le spectacle préfère manifestement quelque chose de plus précieux.
Le véritable effet spécial, ici, c’est donc l’imagination et la créativité à toute épreuve du Collectif. Et elles fonctionnent à plein régime. Pour ne pas se quitter abruptement (on s’attache vite ici), les quatre artistes proposent un petit échange à l’issue du spectacle. Ils interagissent avec les enfants, présentent l’envers du décor, les instruments utilisés, les différents effets spéciaux sonores utilisés (la led dans la lampe permettant de faire croire qu’elle s’allume toute seule, la sonorisation des sols), façon originale de mettre en avant le travail de l’ombre de la régie lumière et son (Claire Gondrexon, Justine Laraigné et Thomas Luce). Chaque membre du public ressort avec le sourire, et de nouvelles histoires à raconter.







Photos © Bertrand Pichène – CCR Ambronay
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