COMPTE-RENDU – L’Orchestre Symphonique de Montréal ouvre sa 93ème saison avec deux œuvres de Gustav Mahler.

L’heure de la rentrée a sonné
Les cartables sont posés, les pupitres alignés. La rentrée peut commencer. Goerne au tableau, rebelle de la classe, ouvre la première partie en solitaire pour les Lieder de Mahler. Timbre étouffé dans les graves, légèrement pincé dans les aigus, projection directionnelle. Les premiers rangs sont servis, les autres font avec. En perpétuel mouvement sur scène, à la limite de l’opéra buffa, il dessine la mélodie dans l’air avec tout son corps. Utile pour visualiser la ligne vocale. Moins pour Payare, que Goerne sème allègrement à coups de rubatos inopinés. Le chef, diplomate prof principal, rattrape le coup avec la grâce de celui qui fait semblant que c’était prévu. L’orchestre, bon élève attentif, compense pour le camarade turbulent.

Le maître à la craie
Rafael Payare dirige avec l’intégralité de son être : bras, pieds, tête, bassin. Deux bras ne lui suffisent manifestement pas pour contenir Mahler. En seconde partie, la gestuelle oscille entre angularité prononcée et grandes phrases circulaires : un chef monté sur ressorts, qui fait éclore Hochzeitsstück (Pièce pour le mariage) comme si la partition lui avait chatouillé la semelle. Une partie de l’orchestre joue en fosse, cachée derrière des planches de bois, invisible mais bien présente acoustiquement. En dessous, la fête bat son plein. Sur scène, les affects ont pris le dessus sur la raison.


Les élèves : du brillant, du solide, du noyé
Clay Hilley entre en fracassant la porte : timbre clair, vibratos scintillants, présence modeste mais efficace. Mention bien. Miah Persson, rossignol légèrement fatigué, frôle parfois le strident dans les aigus mais tient sa ligne avec application. Mention encourageante. Rose Naggar-Tremblay, engloutie par la masse orchestrale dans son duo avec Hilley, se révèle en soliste sur petit ensemble : voix projetée, coffre retrouvé. Certains cours demandent simplement une salle plus petite pour révéler leur meilleur élève.

Premier bulletin s(c)olaire
Le chœur, installé dans les balcons en hauteur, apparaît avec les harpes comme une énonciation divine. Andrew Megill leur chef s’entend sans se voir (peut-être la définition même d’un bon professeur). La salle se lève, applaudit longuement.
La saison est ouverte. Les cahiers sont neufs. À l’OSM, même les jours de rentrée, on ne rend jamais copie blanche.
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Photos © Antoine Saito

