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Terres guerroyées, dames courtisées : le Moyen Âge entre en scène à Ambronay

COMPTE-RENDU – Avec Terres guerroyées, dames courtisées, l’ensemble Ecco La Primavera plonge une salle comble dans un Moyen Âge où l’on conquiert autant les terres que les cœurs. Réunies dans le cadre du programme Ambronay Jeunes Talents, Manon Papasergio à la vièle et à la harpe gothique, Juliette Guichard aux vièles et Armance Merle à la flûte à bec et à la flûte double ne se contentent pas de jouer : elles font vivre leurs histoires.

Faites entrer les trobairitz

Dès les premières notes, le ton est donné. La flûte déroule un thème virtuose, abondamment ornementé, suivi du texte du printemps, déclamé. Les musiciennes puisent dans leur formation et leur connaissance des styles pour donner chair à une musique dont les partitions ne disent pas toujours tout. Ici, pas question de laisser le Moyen Âge sous cloche : le programme est vif, éclectique, parfois surprenant.

Les trois instruments se répondent constamment. La harpe et les flûtes glissent avec douceur tandis que l’archet des vièles installe une rythmique plus mordante. Un motif staccato se répète, puis la grande flûte installe une sorte de bourdon au-dessus de la vièle basse. Les musiciennes partagent un même espace sonore, et même visuel : les regards circulent entre elles tandis qu’Armance Merle, debout, observe ses deux partenaires assises.

Et maintenant, place au théâtre

Car le véritable coup de théâtre est là : Terres guerroyées, dames courtisées est bien plus qu’un récital de musique médiévale. Les textes sont joués, incarnés, parfois avec une malice franchement contemporaine. Une panthère est racontée avec théâtralité, Tristan et son arbre de chèvrefeuille prennent vie, et trois voix mates, délicates et parfaitement mêlées alternent avec les instruments.

Puis vient le sieur un peu trop entreprenant dans les bois. À ses avances, la demoiselle répond avec une franchise qui ferait pâlir plus d’un chevalier : qu’il cesse donc de lui tripoter la robe. Mariée à un vieux mari, elle conclut qu’il faut malgré tout « prendre tout le plaisir qu’il se doit ». Le Moyen Âge, décidément, n’était pas si prude.

La chaleur de la salle aura toutefois raison d’une des vièles, tombée puis difficile à réaccorder. Les cordes en boyau se montrent capricieuses ; l’instrumentiste cherche sa justesse, échange avec sa partenaire et poursuit malgré tout. Une petite fragilité qui n’entame pas l’essentiel : Ecco La Primavera (Voilà le Printemps) embarque son public dans un spectacle vivant, généreux et jamais hermétique.

À Lire également : A Ambronay, baroque et hip-hop font bon ménage

Photos © Bertrand Pichène – CCR Ambronay

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