AccueilA la UneLa Scala di seta : la classe à la Dallas !

La Scala di seta : la classe à la Dallas !

LYRIQUE – L’académie de l’Opéra de Paris délocalise sa production de la Scala di seta de Rossini à l’Athénée Théâtre Louis-Jouvet. Une mise en scène drôlissime, version Dallas, avec le gratin des chanteurs de demain !

La Scala di Seta : késako ?

La Scala di Seta (l’échelle de soie) est une œuvre de jeunesse de Rossini, qui prouve déjà son génie et donne un avant-goût du compositeur en devenir. En effet, Rossini a à peine vingt ans lorsque le Teatro San Moisè de Venise fait appel à lui, en 1812, pour cet opera buffa en seulement un acte. Quatre ans plus tard, il compose son chef d’œuvre, Le Barbier de Séville. L’argument de La Scala di Seta peut sembler simplex en reprenant le thème universel de l’amour. Pourtant ce n’en est pas moins une pièce dynamique, burlesque et drôle sur la liberté d’aimer et d’épouser qui on veut, quitte à s’opposer à la figure paternelle. 

L’échelle grimpe… au rideau

La Scala di Seta, c’est l’échelle de soie qu’emprunte, tous les soirs, l’impétueux et fougueux Dorvil pour rejoindre les appartements de sa bien-aimée Giulia, qu’il a déjà épousé en secret. Mais tout va se compliquer, lorsque Dormont (le tuteur de Giulia) la promet en mariage à un riche de ses amis, Blansac. L’histoire ne s’arrête pas là, car ça ne serait pas assez tarabiscoté pour un vaudeville. En effet, l’amour entre Giulia et Dorvil va être aussi contrarié par Lucilla, la cousine curieuse et amoureuse de Blansac et par le valet Germano, fouineur et maladroit, lui aussi amoureux de Giulia. Pour résumé, nous avons ici une version coquine et comique de Roméo et Juliette se situant dans un Paris du XIXe siècle. 

©Vincent Lappartient – Studio J’adore ce que vous faites !
Dallas à l’Opéra 

La grande réussite du comique de situation revient à la mise en scène inventive de Pascal Neyron, membre de la compagnie Les Frivolités Parisiennes, en collaboration avec Caroline Ginet (scénographie) et Sabine Schlemmer (costumes). Il livre ici un opéra-bouffe version Dallas avec un véritable jeu de transformation des corps, que ce soit par les perruques, les costumes ou les prothèses. Le terrain de jeu de cette histoire se déroule dans la chambre de Giulia, qui est paradoxalement le lieu de rencontre par excellence. Après une mise en bouche musicale de plusieurs minutes, le rideau se lève et nous plongeons directement dans l’intimité du couple Giulia / Dorvil en plein ébats amoureux. Le public un peu voyeur comprend que l’intimité de ce couple va devenir un luxe rare. Un véritable jeu de cache-cache s’installe alors, rendant le dispositif scénique très astucieux, entre le lit qui coulisse dans le mur, le frigo comme porte d’entrée ou encore mieux l’échelle de soie qui sort du lit en faisant apparaître la tête des différents prétendants. Les apparitions et disparitions soudaines des différents personnages contribuent grandement au vaudeville. 

Coucou c’est moi ! La version Épéda de l’amant dans le placard ©Vincent Lappartient – Studio J’adore ce que vous faites !
Jeunes pousses et plantes… grimpantes

La réussite de cette farce italienne incombe surtout à cette nouvelle génération de chanteurs de l’Académie de l’Opéra national de Paris, qui s’en donnent à cœur joie. En plus d’être des chanteurs lyriques talentueux, ils se sont révélés ce soir être aussi des comédiens hilarants. 

La soprano russe, Margarita Polonskaya interprète une Giulia d’une sensualité incroyable dans sa nuisette noire transparente à plume puis dans son tutu jaune avec un brushing digne des héroïnes de Dallas. En jeune poussin ingénue, elle déploie toute la puissance de sa voix de velours dans l mio ben sospiro e chiamo. Elle en a fait tomber des cœurs ce soir-là, comme si ceux de ses trois soupirants ne lui suffisait pas.

Margarita Polonskaya face à un choix cornélien : qu’est-ce que je me mets ce soir ? ©Vincent Lappartient – Studio J’adore ce que vous faites !

La mezzo-soprano Marine Chagnon campe avec justesse sa cousine Lucilla, fagotée d’un postérieur volumineux en écho, façon Nana de Nikki de Saint-Phalle. Elle nous enchante de sa voix généreuse sur l’air « Sento talor nel anima ». Le ténor anglais Laurence Kilbsby est drôlissime en Dorvil, le mari secret de Giulia, version Ken British avec ses faux pectoraux en mousse. Le chanteur espagnol Alejandro Balinas Vieites est complètement poilant en Blansac version « macho – latin lover – Pablo Escobar » avec sa voix grave et timbrée. Il nous a fait mourir de rire avec l’envoi de cœurs à deux mains. Thomas Ricart interprète efficacement le vieux tuteur de Giulia. Enfin, le baryton chypriote Yiorgo Iannou interprète avec brio le serviteur Germino, que ce soit par son jeu impeccable ou sa voix souple dans l’air Amore dolcemente, qui a reçu un tonnerre d’applaudissements. Nous n’oublierons pas l’orchestre incroyable de ce soir de première, mené d’une main de fer par la new-yorkaise Elizabeth Askren. 

En résumé, La Scala di seta, de Rossini, par Les Frivolités parisiennes et les chanteurs de l’Académie de l’Opéra national de Paris est un opéra-bouffe moderne et drôlissime, où la nouvelle génération de chanteurs lyriques s’est éclatée, et de ce fait, nous aussi. Une heure trente d’humour à haute dose, durant laquelle leur joie communicative a fait chavirer nos cœurs.

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1 COMMENTAIRE

  1. Tout à fait d’accord avec ce compte rendu . Il faut aussi saluer l’autre distribution , remarquable vocalement et scéniquement .

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