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Chaillot : la réalité augmentée, la danse un peu moins…

DANSE – Chaillot propose un « Focus numérique » en ce début du mois de juin. L’idée est de découvrir des expériences immersives de réalité virtuelle qui mêlent de près ou de très loin la danse. Un récit en 3 pièces de cette soirée qui nous laisse une drôle d’impression.

Cet article traite de trois chorégraphies sur les quatre annoncées au programme de la soirée, la Rédaction n’ayant pas pu voir A0R, de la compagnie AΦE.
Dernière minute qui parait bien longue

Plongeons tout d’abord dans l’immersion participative d’Adrien M et Claire B nommée Dernière minute en référence au moment où la narratrice disperse les cendres de son père tout en sentant son bébé bouger dans son ventre. On se déchausse, la salle est plongée dans l’obscurité pour assister à l’étirement de cette minute via une immersion. Des vidéos sont projetées au sol et sur une cloison transparente au centre de la pièce : tantôt des vagues, tantôt des lignes droites qui se déforment ensuite, tantôt des millions de petits points….

Où est la danse ?

« Partout ! » répondraient les deux créateurs. « Nulle part », riposteraient les spectateurs. Si aucun danseur professionnel n’est présent physiquement, est ce parce que c’est au public d’investir l’espace comme nous l’ont répété à l’entrée les ouvreurs ? Un groupe scolaire s’amusant au début finit par se lasser, les adultes gênés s’assoient pour redevenir les voyeurs qu’ils s’attendaient à être, et les quelques personnes qui entreprennent des mouvements s’arrêtent quand elles comprennent que la vidéo n’est pas interactive. Cette immersion, bien faite en soit, ne parvient pas à envoûter le public.

La danse en visio : so 2020 ?

Pour la pièce de Gilles Jobin, Cosmogony, on retrouve 3 danseurs depuis leur studio à Genève, ce qui nous replonge dans la période du confinement qu’on avait préféré oublier. Les spectateurs les plus âgés se demandent à haute voix “ils nous voient ?”, “Ils nous entendent ?”.

Connectés

Cette fois ci on se sent lié aux danseurs : à distance certes mais au moins en temps réel. Ils proposent une représentation unique qui ne sera jamais tout à fait la même que la suivante. Sur leurs corps sont posés des capteurs de mouvements, leurs données sont envoyées en direct à Paris où elles sont projetées sur un décor de jeu vidéo. Cette façon de retranscrire le mouvement entraîne quelques contraintes, expliquées par le chorégraphe après la pièce, mais le respect de celles-ci n’empêche pas des micros latences qui figent parfois pour quelques secondes le mouvement. Attention : le public ne voit pas les danseurs, filmés en studio, mais uniquement le fruit de la captation couplée au décor.

Retour vers le futur

Les danseurs sont projetés dans un monde nouveau : une ville, un marché asiatique, et même dans l’espace ! Les corps sont démultipliés, transformés en peluches ou en créatures imaginaires… L’idée est bonne mais nous laisse un goût d’inachevé : on aimerait être en immersion totale dans ces paysages aux couleurs flashy via la 3D ou la réalité virtuelle par exemple.

Entrez dans la danse : de la danse, enfin !

La pièce Entrez dans la danse de Julie Desmet Weaver, Eugénie Andrin et Claire Allante est de loin la plus aboutie. On entre dans une grotte en toile où l’écran est présent quasiment du sol au plafond. Les effets (floutage, dispersion, transformation des corps en squelettes..) accompagnent la chorégraphie pour montrer la propagation de l’épidémie de peste dansante. La danse est très bien filmée et les lieux sont bien choisis. On est entraîné dans la frénésie du mouvement, et peu à peu l’envie de danser nous gagne nous aussi. On ressort de cette expérience avec de belles images de danse en tête où le numérique a été mis au service d’un propos artistique.

Pour conclure

On quitte Chaillot avec un sentiment de solitude… Partager la danse non plus avec des danseurs mais avec une vidéo ne donne pas la même atmosphère. Le public ne sait pas vraiment comment interagir : pas d’applaudissement à la fin de la première proposition, et très brefs pour les deux autres. Peut-être se demande-t-il s’il est au cinéma ?

Plus largement, cette soirée questionne : la danse, art vivant, peut-elle se réduire à la projection d’une performance ?

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