COMPTE-RENDU – Marc Minkowski et Les Musiciens du Louvre font leur retour à Reims en grande pompe dans la Basilique Saint-Rémi, avec les trois dernières symphonies de Mozart, à l’occasion des Flâneries musicales.
Les trois dernières symphonies : un mystère ?
Que signifient-elles ? Nombreux sont ceux, compositeurs, chefs d’orchestres, commentateurs, à s’interroger sur le sens de ces trois dernières œuvres. Mozart les écrit alors qu’il a 32 ans, au moment du décès de sa fille, Thérèse. Et en effet, on y retrouve un fond de déchirement, de tristesse éprouvante. Mais quel est le sens réel de ces trois œuvres, construites comme une pyramide, ou une cathédrale, se demande Marc Minkowski alors qu’il s’adresse au public, après l’interprétation de la 39ème symphonie : « Quelle est cette cathédrale philosophique et musicale ? S’agit-il d’un oratorio sans paroles ? D’un essai philosophique, ou bien maçonnique, avec l’eau, le feu et la terre ? D’un opéra libéré des carcans du chant, dans la lignée de La Flûte enchantée ? » Bien des mystères auxquels le chef lui-même ne peut apporter de réponses : autant bien poser les questions et de les mettre en relief dans la musique.
Quelle est cette cathédrale philosophique et musicale ?
Marc Minkowski
L’eau, le feu et la terre
Sans réellement prendre le parti de la franc-maçonnerie, Marc Minkowski annonce : « Nous étions dans l’eau, passons maintenant au feu », au passage de la 39ème symphonie à la 40ème. Dans la première en effet, on sent ce mouvement ondulatoire que tâche de retransmette l’orchestre en soulevant chaque détail, chaque nuance, cherchant à la mettre en relief à l’écoute du public, à lui donner vie, à la faire scintiller dans l’ampleur de la construction symphonique. Dans la 40ème cependant, le ton durcit, semble-t-il : on sent ici une nouvelle énergie, comme si Minkowski et l’orchestre s’appliquaient à y relever la tension, contre les ondes de l’œuvre précédente – et l’effet de feu se fait d’autant plus ressentir que les lumières rouge écarlate des projecteurs viennent éclairer l’église et ses vitraux. Enfin, après un rapide entracte, c’est au tour de la terre d’être représentée, avec la symphonie « Jupiter », la dernière de Mozart. Ici, on sent plus de générosité, plus de souplesse de la part de l’orchestre qui enfin, se fond réellement dans les couleurs mozartiennes, là où on sentait une retenue, voire une timidité au début du concert.
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Le pompier Rameau
Le public remercie les musiciens d’un véritable tonnerre d’applaudissement et nombreux sont ceux qui se lèvent pour les acclamer. Minkowski reprend alors la parole : il est difficile de faire un bis après de telles œuvres, « mais impossible n’est pas français ». C’est alors Rameau, Les boréades, l’entrée de la muse Polymnie dans l’acte IV. Il s’y plonge avec une fluidité et une aisance si naturelle, mais aussi une grande douceur et un amour évident de Rameau – le tout d’un très bel effet, apaisant surtout après les terribles feux mozartiens.