Everest-sur-Saône : Bruckner à Mâcon

COMPTE-RENDU – On le dit bien : « La Culture déplace des Montagnes ». C’est ainsi que des alpinistes bourguignons (les musiciens de l’Orchestre symphonique de Mâcon) ont attaqué ce 17 mars 2024 un « Everest », celui que représente la Symphonie n°7 d’Anton Bruckner (en cette année célébrant son bicentenaire). Le point orchestral culminant d’une saison artistique impulsée par le nouveau chef de cordée, David Hurpeau :

Triomphe de Bruckner au pays de Lamartine

Puisqu’en altitude il fait froid, David Hurpeau a coiffé depuis septembre 2022 une triple casquette de Directeur (du Conservatoire de Mâcon, de l’Orchestre symphonique et du Festival Symphonies d’Automne). Son objectif –comme il l’expliquait en interview sur Ôlyrix– est assurément de placer plus haut encore sur la carte culturelle ces forces artistiques et cette ville de 35.000 habitants entre Lyon et Dijon. Alors, tant qu’à faire, autant y gravir un Everest, pour monter le plus haut possible et s’y approcher autant que possible des grandes phalanges régionales, voire nationales.

© Etienne Gatheron

« On dit que pour les musiciens jouer une symphonie de Bruckner c’est l’Everest. Et c’est vrai » nous explique ainsi le contrebassiste Jean-Noël Bériat. C’est d’ailleurs ainsi que ce défi a été voulu, pour les 64 musiciens de l’orchestre mâconnais et par le chef, comme il nous le confie : « J’avais envie de nous attaquer à une symphonie grande, de plus d’une heure, nous lancer dans le travail d’une fresque. Une vraie expérience pour le public qui, pendant cette heure, est dans un flux ininterrompu de musique. Et on ne s’ennuie à aucun moment. Chaque passage est intéressant. Tout est dans le détail. On a passé énormément de temps à faire en sorte de respecter ce que le compositeur a mis dans la partition. Tout est ultra-précis dans la notation chez Bruckner. Ça fait partie des chefs-d’œuvre sur lesquels on peut passer des années à travailler, tellement c’est riche. »

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Alors, pour une telle ascension, ces alpinistes musicaux ont bien préparé leur matériel et ont même fait appel à des renforts : quatre « Wagnertuben » (tubas wagnériens) prêtés par l’Opéra et l’Orchestre national de Lyon pour l’occasion. Cette Symphonie n°7 a en effet été dédiée par Bruckner à l’excentrique Louis II de Bavière (protecteur de Wagner). Et son deuxième mouvement témoigne, des mots mêmes de Bruckner, de son admiration pour le maître de Bayreuth ainsi que de l’appréhension de sa mort. Bruckner lui rend hommage en introduisant le deuxième mouvement (Adagio) avec ces « tuben » (curieux cuivres se situant entre le cor et le tuba, imaginés par Wagner pour ses opéras et réalisés par l’inventeur du saxophone, Adolphe Sax).

Tubas, du bas en haut

Autant le dire cependant, autant le geste est beau et originel, et autant la vue des ces instruments dans l’orchestre paraît intéresser le public, … autant l’effet sonore est limité : les tuben sonnent assez franchement comme des tubas, sans nécessairement apporter d’effet supplémentaire sur le plan musical.
Mais cela est aussi dû et lié aussi à la prestation de ces musiciens justement qui proposent un jeu d’une grande homogénéité et fluidité : pour gravir l’Everest, il faut de l’endurance, de la méthode, de l’équanimité car le moindre essoufflement ou écart et c’est la chute. Un paradoxe pour un tel sommet symphonique, mais qui montre justement l’envie de ce chef et de cet orchestre : gravir sans faillir, privilégier les phrasés quitte à modérer les nuances (qui va piano va sano, qui va mezzo-forte aussi). Pour tenir 1h10 d’une telle partition, il faut conserver et maîtriser pleinement souffle et chaleur. Et, nonobstant, David Hurpeau sait insuffler l’énergie gestuelle nécessaire aux élans de cuivres, comme trompettant heureux d’être arrivés tout en évitant de claironner (il ne faudrait pas déclencher une avalanche). L’intensité est entièrement versée dans le jeu des couleurs, dans la dimension des archets et des souffles, comme en témoigne et l’illustre la violoniste Sissie Lhoumeau en pleine cohésion avec ses collègues et le chef (alors justement que cette ascension met à rude épreuve les liaisons : comme du crin tiré et tressé en cordages).

Le public, qui a rempli la grande salle de spectacles du Centre culturel Louis-Escande, en sortira sous le charme de la musique de Bruckner, sensible à la richesse de cette partition et à la démarche de ces musiciens, comme le montrent leurs témoignages : « Très contemporaine », « une belle découverte », « très positive », « intense », « spectaculaire », « pleine d’émotion », « émouvante de par la qualité de la production ».

Comme quoi la redescente fut aussi plaisante que l’ascension.

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