CONCERT – Esa-Pekka Salonen est bel et bien là ! Le chef finlandais, nommé chef principal de l’Orchestre de Paris pour 2027 était de retour, dix jours après son dernier passage à la Philharmonie. Au programme, deux œuvres puissantes : le Requiem de Ligeti et la Symphonie n°4 de Bruckner.
Il y a des œuvres comme ça, dont il suffit de donner une très courte indication d’écoute pour transformer leur portée : le Quatuor à cordes en fa mineur de Félix Mendelssohn a été écrit un mois après la mort de sa sœur Fanny, le Concerto pour Clarinette K 622 a été écrit par un Mozart en pleine dépression, laissé seul par sa femme dans son grand appartement viennois, le Thrène à la mémoire des victimes d’Hiroshima de Penderecki, dont le seul titre suffit…
Requiem intime
Pour le Requiem de Ligeti, quelques mots suffisent : le compositeur hongrois a perdu deux membres de sa famille, assassinés dans un camp de concentration nazi. Puis arrive la double peine : pour fuir la dictature communiste, Ligeti vit en exil à l’Ouest. La puissance tragique est là, dans ces éléments de biographie qui infusent chaque instant de cette œuvre, courte mais déchirante, absolument unique dans l’Histoire. À côté de ces 27 minutes d’apocalypse sans place pour l’espoir de la vie éternelle, les canons de Mozart et Verdi palissent d’effroi.

Bruckner par KO
60 ans après la création de son chef-d’œuvre de désolation, Ligeti réussit l’exploit d’éclipser aussi les 70 minutes d’exécution d’un autre monument du répertoire : la Symphonie n°4 de Bruckner. Esa-Pekka Salonen a beaucoup convoquer ses trésors d’amplitude, sa vision dantesque et son geste toujours impliqué. L’Orchestre de Paris a beau s’être mis dans son plus bel appareil, ses solistes (cor en tête) ont beau défendre bec et ongle cette traversée épique en plein fantasme d’un Moyen-Âge romantique, rien ne pourra effacer le souvenir, en première partie, des furies du Chœur de l’Orchestre de Paris unies au New London Chamber Choir.

Le chœur à la fête
L’écriture pour chœur, virtuose, débloque complètement : des parties quasi solistes dans un ensemble d’une soixantaine de voix, un maelström de notes furieuses jetées sur le plateau et une tonalité à chercher en permanence. Ajoutez à ça une obligation d’engagement posée par l’ambiance de l’œuvre, et vous obtenez un sommet d’écriture pour chœur, que seul un ensemble solide peut restituer avec autant de force. Précision utile : le Chœur de l’Orchestre de Paris est composé d’amateurs… Chapeau.
À lire également : Ligeti : et Barbara à la barre, barra
Alors bien sûr, le concert n’était pas le plus joyeux, loin de là. Mais il y a des soirs comme ça où, bien que le Requiem de Ligeti fasse sa fête au chœur, ça fait de bien de ne pas avoir le cœur à la fête…

