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Piano-Piano tentaculaire-spectaculaire

COMPTE-RENDU – Le Rungis Piano-Piano Festival (on ne bégaye pas, on y joue à deux pianos) invite le bien nommé Duo Reflet (Natsu Aoki et Kazune Mori) et le duo Ludmila Berlinskaïa et Arthur Ancelle hors-les-murs : dans ceux du Théâtre des Champs-Élysées avec l’Orchestre national de Lille dirigé par Dmitri Liss.

Qui va piano, va piano

Décidément, tout fait la paire dans ce Festival, et pour une fois, la paire y’en a deux (et même plus). Le programme romantique réunit deux Concertos pour 2 pianos. Pour Mendelssohn c’est même le n°2, en la bémol majeur, en lien avec celui composé par Max Bruch, en la bémol mineur… À l’âge où certains hésitent encore entre maths et poésie, Mendelssohn déploie déjà une maturité sidérante, où, des canons classiques, affleure déjà la tendre touche du lyrisme (surtout dans le mouvement… numéro deux). Quant à Max Bruch, pressé par les sœurs pianistes Rose et Ottilie Sutro, il leur offre ce concerto pour deux pianos hélas trop vite oublié.

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Natsu Aoki fait son entrée bras croisés, visage aussi fermé que le couvercle du piano avant le jeu… mais patience, car son langage corporel, tout comme son jeu musical, se délie peu à peu. À mesure que les notes s’envolent, le pianiste se dévoile, joueur, non seulement avec son instrument (qu’il taquine, caresse et parfois provoque), mais aussi avec le public (dans des échanges de regard), et même avec l’orchestre et le chef, qu’il semble inclure dans cette danse. Clou du spectacle, il n’hésite pas à se soulever littéralement de son siège, corps et âme engagés dans chaque note.

Cependant, la communication avec sa partenaire de piano, Kazune Mori, semble plus… subtile. Les partitions, dans leurs champs de vision, ne permettent sans doute que de s’entrapercevoir les sommets de crâne respectif. Mais plus encore, c’est l’attitude contrastée de Mori qui frappe. Loin de l’amusement espiègle de son comparse, elle aborde la partition de Mendelssohn avec une concentration quasi sacrée. Pour elle, le piano est une performance à délivrer avec rigueur, une offrande musicale à faire savourer au public, qui, il faut le dire, en est ravi. Attentive au dialogue entre les pianos, elle semble concentrée sur la mission, tandis qu’Aoki joue les funambules entre sérieux et malice.

Natsu Aoki et Kazune Mori © Studio NathSam

Ce contraste de personnalités crée pourtant un équilibre, où les énergies se partagent harmonieusement. En guise de bis, ce premier duo nous offre une valse de Brahms à quatre mains (sur un seul piano), comme une forme de réconciliation musicale. 

L’utilisation de partitions numériques apporte une touche moderne au duo Ludmila Berlinskaia & Arthur Ancelle (fondateurs et directeurs artistiques de ce Festival), libérant leurs mains pour le clavier mais exigeant un petit numéro de danse des pieds pour tourner les pages ! Ce léger défi technique n’entame en rien l’osmose entre les deux pianistes dont les sons semblent parfois se fondre en un même instrument embrassé. Un instrument bi-céphale qui joue fort et bien, y compris dans les subtils contrastes de Max Bruch.

À leurs pianos, la complicité est telle qu’un simple regard suffit, chaque note est un clin d’œil, chaque nuance un dialogue invisible. Même leurs postures semblent parfaitement synchronisées, comme s’ils avaient inventé un langage chorégraphique secret.

Ludmila Berlinskaïa et Arthur Ancelle © Studio NathSam

Dmitri Liss dirige en faisant virevolter les notes, jonglant avec finesse dans ce qui ressemble à une idéelle (et utopique) réunion de famille où chacun aurait son moment de gloire, au service de la communauté. D’autant que l’Orchestre national de Lille fait preuve d’une humilité exemplaire : ils savent s’effacer avec élégance pour laisser briller les deux pianos, mais attention, dès que l’occasion se présente, ils reprennent les rênes.

Piano ? Forte !

Pour couronner le tout, en guise de surprise, les quatre virtuoses offrent une interprétation époustouflante de The Entertainer de Scott Joplin, version 8 mains sur 2 pianos. Autant dire que ça commence à faire beaucoup de doigts, autant que semblent en mobiliser les spectateurs pour déclencher un tonnerre d’applaudissements.

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