DANSE – Mélange détonnant de tradition classique et de contemporain au Palais Garnier qui offre un défilé de chorégraphies, à commencer par le Défilé du Ballet de l’Opéra national de Paris avant une chorégraphie de My’Kal Stromile, deux de l’auguste William Forsythe et une de Johan Inger :
Traditionnel défilé, entrée réconfortante
Rituel, le défilé du ballet de l’Opéra national de Paris remonte à 1926 (voulu par Léo Staats sur Tannhäuser de Wagner) puis surtout par Serge Lifar à la Libération sur la Marche Troyenne de Berlioz. Un moment de féerie avec les 154 danseurs du ballet, une centaine d’élèves de l’École de Danse, et nouveauté pour cette saison des danseurs du Junior Ballet.
Word for Word : héritage, risque et tradition
Pour ses débuts maison, le chorégraphe américain My’Kal Stromile poursuit la voie de William Forsythe, puisant dans l’abécédaire classique pour mieux le malmener, le déconstruire puis le réinventer avec insolence. Vêtus dans des costumes Chanel, les trois étoiles Valentine Colasante, Guillaume Diop et Hannah O’Neill excellent dans une gestuelle à la fois emblématique de la danse classique mais versant dans une débauche de technicité, desservie par une bande son à la limite du supportable.
Rearray : la mécanique Forsythe, brillante mais glaciale
Rearray de Forsythe s’offre une seconde jeunesse. Créée en 2011 à l’origine pour le duo de choc Sylvie Guillem et Nicolas Le Riche pour le Sadler’s Wells à Londres, la pièce a été subtilement adaptée pour entrer au répertoire de l’Opéra de Paris, pour un trio de ses danseurs. Roxane Stojanov, Takeru Coste et Loup Marcault-Derouard nous offrent un spectacle de « marionnettes » : comme surpris par leurs propres réflexes, ils se contorsionnent dans des mouvements complexes et inattendus. La pièce séduit pour son caractère expérimental explorant les limites entre contrôle et abandon, mais l’exercice de style est aussi brillant qu’il reste loin de toucher au cœur.
Blake Works I : la sûreté par amour de la danse
En reprenant Blake Works I, créée en 2016 pour l’Opéra Garnier, et acclamée dès sa sortie, la grande maison parisienne s’offre un succès garanti (l’ensemble du spectacle affiche déjà complet). Découpée en sept tableaux, sur la magnifique musique de James Blake The Colour in Anything, cette suite de petites pièces chorégraphiques autonomes forme un ensemble cohérent. Dans une scénographie épurée, les danseurs, vêtus de simples justaucorps dans des tons gris-bleu se meuvent avec une technicité sans artifice. Forsythe, tel un sculpteur des mouvements classiques (révérences, ports de bras, grands sauts, jetés, arabesques…) façonne des ensembles géométriques d’une beauté saisissante, célébrant le corps des danseurs dans sa plus pure expression.
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Sa véritable prouesse réside dans sa capacité à transcender le vocabulaire classique sur une musique électronique, tandis que la danse flirte audacieusement avec le hip hop. Avec une certaine malice, il parsème cette création de clins d’œil aux grands maîtres qui l’ont précédé : l’ambiance des danses baroques, les lignes épurées à la Balanchine ou encore des réminiscences à des ballets classiques comme Giselle. Après notamment I Hope my life, moment “feel good” d’une énergie collective contagieuse, l’œuvre s’achève sur un magnifique duo Forever.
Impasse : La Révélation
Quelle claque pour le final de cette soirée ! Créée en 2020, pour les jeunes danseurs du NDT2 (Nederlands Dans Theater), Impasse du chorégraphe suédois Johan Inger fait une entrée fracassante au répertoire de l’Opéra de Paris. Sur une musique effrénée d’Ibrahim Maalouf, elle nous entraîne dans un tourbillon où les corps des danseurs semblent possédés par une énergie débordante même devant la toile de fond d’une scène champêtre. L’atmosphère joyeuse et innocente digne de La Mélodie du Bonheur est soudainement perturbée par l’arrivée d’un groupe urbain vêtu de noir, mené par une femme autoritaire puis l’apparition d’une showgirl flamboyante (magistrale Sofia Rosolini), accompagnée de personnages extravagants comme des clowns. Sous cette apparente frénésie se cache une réflexion sur notre société : la pression sociale, la force du groupe au risque de la perte d’identité. La chorégraphie alterne ainsi habilement entre des séquences d’euphorie collective et des phases d’isolements quasi-maniaque, reflétant les contradictions de notre vie sociale…

