CONCERT – Dans l’univers de Monteverdi, et au-delà des thèmes apparents explorés par ses opéras, chaque œuvre se fait l’écho des émotions universelles qui composent l’expérience humaine. En sorte d’hommage à cette quête plus grande que tout, Leonardo Garcia Alarcón réunit la Cappella Mediterranea et ses solistes habituels à la Cité Bleue, pour un concert-laboratoire, où sont distillées les passions humaines, avec soin, humeur et intelligence.
On balaie tout de suite la première question : non, Monteverdi n’a pas écrit d’œuvre qui fasse directement référence aux 7 pêchés capitaux. Ne cherchez pas donc, dans ce concert à la Cité Bleue et dans le disque paru en 2016 chez Alpha classics, de liste précise : cherchez plutôt une évocation de ce joli mot de “passions” qui parcourt l’œuvre et l’époque de Monteverdi. D’ailleurs, chez les penseurs catholiques du Moyen-Âge, les sept péchés capitaux étaient accompagnés de sept vertus. Curieusement on a retenu que les premiers…
Le programme monté par Leonardo Garcia Alarcón est donc une sorte d’hommage au cœur même de l’âme monteverdienne, qui est selon le chef : “Le plus grand laboratoire des émotions humaines en musique de l’Histoire”. Il y a de l’opéra oui, mais pas que : du madrigal aussi, à savoir des poèmes non religieux, mais spirituels, mis en musique pour un petit chœur composé d’un interprète pour chaque voix. L’idée d’Alarcón dans ce programme est de célébrer le texte dans la musique et la psyché cachée derrière, qui semble fusionner avec l’orchestre, et ajoute une grande valeur expressive au discours.

Opéra, sans en avoir l’air
Cette psyché s’exprime aussi dans le dispositif scénique. Le défi principal, comme dans la Passion selon St Jean que la Cappella Mediterranea a montée au TCE cet automne, réside dans le fait que les interprètes se baladent dans l’espace, pour une mise en scène à la lisière entre le concert et le spectacle. On brise donc par moments la forme habituelle du chœur, dans le but affiché de produire un spectacle complet, en reliant les œuvres entre elles par des déplacements et des saynètes. Comme un mini Opéra finalement, dont le pitch (s’il est vraiment utile d’en chercher un) serait une réunion d’amis autour de partitions choisies par les uns et les autres, pour exprimer ce qu’ils ont sur le cœur : peur, douleur, amour, fascination, exaltation etc.
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Dans l’art du madrigal, il s’agit parfois de faire appel à l’intelligence de l’interprète pour changer l’affectivité de la ligne musicale. On hésite donc pas, si l’émotion l‘exige, à commettre des entorses à l’écriture, ce que font très bien les chanteurs en allongeant les pauses et en retenant le tempo par moments, le tout en jonglant avec une écriture vocale qui impose parfois des acrobaties. On cherche l’émotion, on est à chaque instant dans le premier degré, et ça marche !

Vanitas vanitatis, omnia vanita
Finalement, ce concert n’aura pas été (et c’est plutôt heureux !) un catalogue des péchés humains, mais une représentation fidèle à l’esprit de Monteverdi des passions qui nous traversent. Si on devait en retenir un, ce serait la vanité, balayée à chaque instant dans un spectacle qui nous rappelle un message philosophique essentiel, à ne jamais perdre de vue, surtout à notre époque : nous ne sommes que des humains. Mais c’est déjà pas mal !

