COMPTE-RENDU – Au Théâtre Firmin Gémier d’Antony, l’ensemble Aedes présente un programme intitulé « Madrigaux pour Ariane », qui articule des madrigaux de Monteverdi avec quelques pièces contemporaines. Malheureusement le résultat paraît inabouti.
Voilà un nombre d’années plus que conséquent que l’auteure de cet article écume les salles de concert ; et dans cette activité passionnante, il est un moment redouté, où la critique mordille anxieusement le bout de son stylo et se creuse la tête pour savoir comment dire une chose qu’il lui fait mal au cœur d’avouer : elle a été déçue. C’est dans cet état inconfortable, et les mains un peu crispées, que commence cet article avant donc de replonger dans ce labyrinthe.
On perd le fil (d’Ariane)
En ce début d’année 2025, l’ensemble Aedes et son chef Mathieu Romano inauguraient au Théâtre Firmin Gémier d’Antony un nouveau programme intitulé « Madrigaux pour Ariane ». On nous annonçait un concert mis en lumière, ainsi qu’une « relecture moderne de la relation entre Ariane et Thésée » ; mais pour être tout à fait honnête, le contrat n’est pas rempli.
Il n’est pas rempli visuellement, puisque les lumières et les quelques effets de mise en espace sont trop limités pour nourrir le propos – tous nos regrets pour celles et ceux qui y ont travaillé ! Il n’est pas rempli non plus dramaturgiquement, car le fil conducteur d’Ariane et Thésée est ici mince : le programme se veut un dialogue entre les deux personnages au fil des différentes pièces, mais cela n’est pas bien clair lorsqu’on est spectateur. Très majoritairement consacré aux madrigaux de Monteverdi, le programme est brièvement ponctué d’un extrait du Cantique des cantiques de Daniel-Lesur, de Night de Ligeti pour un lien avec « The long night » de Britten, et d’une pièce tirée des Three Shakespeare Songs de Frank Martin… Et, bien que ces pièces soient superbes, la cohérence musicale et dramatique du concert n’est pas évidente, le lien avec Ariane et Thésée encore moins (en-dehors du Lamento d’Arianna envisagé comme la pièce maîtresse du programme).
Lamento de la critique
Après tout, cela n’est pas bien grave. Mais arrive le moment vraiment difficile où il faut écrire que musicalement, le compte n’y est pas non plus. Malheureusement, la mise en place n’est pas irréprochable, notamment dans les premiers madrigaux. Les solos, très nombreux, n’ont pas toujours l’envergure vocale et dramatique attendue. Et on manque surtout de nuances : où sont les figuralismes voulus par Monteverdi ? Son raffinement expressif ? Tout est un peu homogène dans l’approche des madrigaux, et les musiciens qui les accompagnent, indépendamment de leurs qualités, peinent à se faire une place aux côtés de l’ensemble – et la Sinfonia de l’Acte II d’Orfeo ne suffit pas à les laisser se déployer.
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Les pièces contemporaines sont davantage investies par les chanteurs : le son d’ensemble est plus riche, et l’impression d’une vibration commune ressort de chez Daniel-Lesur, Ligeti et Frank Martin – dans des œuvres d’ailleurs extrêmement intéressantes et expressives. Ce sont ces pièces qui attirent sans doute le plus dans ce programme, et elles font d’ailleurs partie du cœur du répertoire de l’ensemble Aedes.
Au moment de conclure cet article, si l’on dit que l’on a été déçue, ce n’est pas sans un pincement au cœur. Parce qu’on en a vu des spectacles, et parfois de mauvais ; mais on n’a jamais vu un artiste qui n’ait dû déployer des ressources insoupçonnées de travail et de courage pour faire ce métier. Et tant que ce moment ne sera pas venu, on continuera à mordiller le bout de notre stylo et à nous sentir les mains crispées, dès lors qu’il faudra écrire une critique moins enthousiaste que ce qu’on aurait souhaité. C’est là aussi un fil rouge pour traverser tous les labyrinthes…

