Niquer la fatalité : tout est dit

THÉÂTRE MUSICAL – Dans un spectacle féministe, Estelle Meyer convoque le fantôme de Gisèle Halimi pour décrire le chemin de la vie d’une femme, avec toutes les épreuves qu’elle peut traverser. Un hommage vibrant à celle qui a ouvert tant de portes aux femmes d’aujourd’hui, qui se conclut par une cérémonie cathartique et libératrice, offrant aux spectatrices la possibilité de piétiner la fatalité et de croquer la vie à pleines dents. À découvrir au Théâtre 13. 

« Gisèle, s’il m’arrive quelque chose de grave, tu me défendras ? ». C’est par ce cri du cœur, qu’Estelle Meyer ouvre Niquer la fatalité, convoquant l’esprit de Gisèle Halimi, l’avocate féministe aux mille combats, pour un dialogue intime et imaginaire entre deux générations de femmes insoumises. Gisèle, c’est sa sœur d’armes et sa guide spirituelle. Il faut dire que cette avocate infatigable a tellement fait pour nous, les femmes : c’est elle qui fit du viol un crime et ouvrit la voie à la loi Veil légalisant l’IVG.

Émancipons-nous ! 

« Niké » (« la Victoire » en grec ancien), donne le ton de ce one woman show qui refuse le portrait académique linéaire, mais où l’intime devient politique. Avec une verve incisive, la comédienne déroule le fil de sa construction identitaire, interrogeant au passage les héritages familiaux et les déterminismes sociaux qui façonnent le « devenir-femme » : « Comment devenir libre de son destin, et échapper à toute prédestination ? Comment niquer réellement la fatalité ? »

Entre rires libérateurs et rituels cathartiques, la comédienne fait de son chemin de vie en tant que femme un miroir où chacun peut reconnaître ses propres batailles.

Estelle Meyer bouillante

La voix rocailleuse qu’on avait découverte dans la série Dix pour cent ou en Sarah Bernhardt au Théâtre du Palais Royal, prend son envol dans ce spectacle beaucoup plus personnel où elle nous dévoile ses fêlures. Sur scène, vêtue d’une robe d’avocate ou d’une combinaison rose serpentine, Estelle Meyer peut habiter toutes les femmes et affronte les démons de son passé sans trembler. Elle se met à nu et aucun tabou ne résiste à sa parole libre comme l’air : première règles, première fois, viol, planning familial… 

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Sous le regard bienveillant du fantôme de Gisèle, elle transforme chaque traumatisme en un tremplin comme l’évocation de ce viol subi à l’adolescence… Mais ce qui aurait pu n’être qu’une confession solitaire devient un dialogue à plusieurs voix. 

© Emmanuelle Jacobson-Roques

Dans une mise en scène épurée de Margaux Eskenazi, les mots de Gisèle s’entremêlent aux siens sur les notes de musiciens complices : Grégoire Letouvet au piano et Pierre Demange à la batterie, co-auteurs de la partition. Leurs chansons-poèmes offrent des pauses salutaires, nous touchant plus rapidement que de simples mots. Chaque spectatrice peut alors reconnaître un bout de sa propre histoire. 

Rituel cathartique 

Estelle Meyer ne joue pas, elle vit, et nous invite à la rejoindre dans cette danse de la liberté. Elle a cette capacité rare à transformer les spectateurs en participants actifs de son rituel théâtral. Dès les premiers instants, elle nous invite à saluer notre voisine et à la regarder vraiment (car ce sont surtout des femmes qui peuplent la salle). Un premier pas vers la sororité.

© Emmanuelle Jacobson-Roques

Mais le point culminant survient lorsque, accompagnée du battement sourd du tambour, elle entraîne son public dans une transe libératrice. Les femmes se lèvent, reproduisent ses gestes, touchent leurs têtes et leurs bras, coupant symboliquement les liens toxiques qui les entravent. Une sorte d’exorcisme collectif où toutes ces femmes sont unies dans un même élan libérateur et mystique pour guérir les blessures du passé. 

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Estelle Meyer nous donne tout sans s’économiser et tourbillonne comme une toupie. Dans cet ultime rituel, elle nous invite à croire que tout peut devenir possible, que tout peut recommencer, une fois les trauma soignés. Une célébration de la vie qui, sans prétention ni pathos, parvient à faire de la révolte une fête, mais surtout où chaque spectatrice devient l’héroïne de sa propre mythologie : celle d’une femme qui, loin de subir son sort, le dévore à pleines dents. 

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