CONCERT – Ce soir au New York Philharmonic, on s’engage dans le monde aux teintes pastel de l’impressionnisme musical, avec un programme centré autour de Messiaen et Debussy, et éclairé par deux autres pièces, l’une de Saariaho, l’autre de Berg. Au menu, quelques passages de la terre à la mer par la violoniste Veronika Eberle, et surtout la grande performance de Karina Canellakis en chef de bord.
De l’aube à midi sur la mer
On voudrait parler de tout un concert, et se souvenir de chaque instant, mais l’on doit parfois se ressaisir du programme pour retrouver le nom d’une pièce ou d’un moment : la musique était là, mais la mémoire semble nous faire défaut. Qu’il s’agisse d’un trou de mémoire dû à l’âge souvent élevé du public des concerts de musique classique, ou de l’aspect statique des performances d’un orchestre, tout mélomane reconnaîtra bien (du moins à ses dépens) avoir de ci de là oublié un morceau d’un disque, ou pire, l’une des pièces d’un concert. Mais qu’en est-il alors lorsque l’on préfère simplement faire abstraction d’un moment ou d’un autre ? Simplement parce que, vraiment, là n’était pas l’intérêt principal du concert.

Pour cette soirée au NY Phil, peut-être faudra-t-il en passer par là. Un samedi soir à New York, on ne peut décidemment pas se contenter d’un concert de quarante minutes, alors on en ajouté un peu trop. Mais si on se concentrait justement sur ces quarante minutes ?
Dialogue du vent avec la mer

Sans aucun doute, on écoute patiemment les envolées intellectuelles de Saariaho, et l’on se prend au jeu virtuose du violon de Veronika Eberle dans le concerto de Berg, deux choix audacieux qui ont le mérite de révéler la violoniste (c’est sa première sur la scène du NY Phil), et de montrer des créations contemporaines méconnues, qui construise élégamment des références à la musique française impressionniste, ou jouent avec elles. Mais au fond on n’attend qu’une seule chose, que Karina Canellakis se révèle véritablement. Pas de déception dans le public ce soir, et loin s’en faut : Canellakis n’attendait qu’une chose, d’avoir le champ libre face à Messiaen et Debussy. La cheffe prend des libertés avec le tempo, tente des choses loin des canons des interprétations classiques, mais elle a en fait bien raison. Elle mène son orchestre à la baguette, mais surtout elle nous mène à la baguette.
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Petits marins sur l’océan musical de Debussy, on se prend des vagues dans la figure et l’on assiste à des tempêtes terribles avant d’arriver à bon port. Comme lorsque le pilote d’un avion réussit son atterrissage avec soin, on applaudit Canellakis avec le sourire et l’admiration aux lèvres devant cette franche beauté et l’assurance d’un capitaine qui n’a pas eu peur de tenir la barre aux pires moments. Ouf, Canellakis était là.
Demandez le programme !
- K. Saariaho – Lumière et pesanteur
- A. Berg – Concerto pour violon
- O. Messiaen – Les Offrandes Oubliées
- C. Debussy – La Mer

