CONCERT-LECTURE – La Villa Marguerite de Vichy, structure culturelle familiale visant à faire vivre la musique sous toutes ses formes, propose un concert-lecture qui est l’occasion de faire renaître une légende de l’art lyrique. En place pour une cure placée sous le signe de la poésie, de la virtuosité, et de l’amour avant toute chose.
Disparue, Pauline Viardot, vraiment ? Morte en 1910, ainsi que l’indique cette bible de Wikipedia ? Bah non, elle est bien en vie, la cantatrice, puisqu’elle est là, en face du public, paisiblement assise dans un fauteuil Empire réchauffé par une cheminée toute proche. Elle est tellement en vie qu’elle en vient même à parler, à faire chanter les mots, dans le décor de cette villa vichyssoise qui colle si bien à son époque, avec ses hauts plafonds et ses moulures travaillées. Alors oui, elle est toujours de ce monde, Pauline Viardot, la preuve !
Comment ? Il s’agit en fait d’un concert-lecture voué à la faire revivre le temps d’un spectacle ? Fichtre, l’effet est confondant, tant la chanteuse et tragédienne Hélène Delavault, qui prend les traits de la cantatrice plus de cent ans après sa mort, habite littéralement son rôle, en tâchant non pas de jouer et d’imiter, mais bien d’être, tout simplement. Une authentique réincarnation, dans ce spectacle où il est question de ces hommes qui ont fait battre le cœur de la Viardot à un rythme souvent plus effréné que nombre d’airs d’opéra qu’elle aura eu à chanter.
Amants, aimés, amis

Mais ces hommes sont-ils morts, eux aussi ? Il paraît. Et la même année, en 1883 ! Pourtant, à l’image de leur commune chère et tendre, ils sont ici plus vivants que jamais. Louis Viardot d’abord, le mari « officiel » de Pauline Garcia (de son nom de jeune fille, elle dont la sœur était une autre célèbre cantatrice : la Malibran). Et puis l’écrivain russe Ivan Tourgueniev, l’ami devenu amant, avec qui la chanteuse entretiendra une relation intime durant plusieurs décennies. Pauline, Louis, Ivan, une femme aimée pour deux hommes aimants qui jamais ne seront rivaux, étant au contraires les meilleurs amis du monde. Ainsi, c’est bien d’un ménage à trois dont il est question dans ces lettres de Pauline Viardot lues par elle-même (enfin vous avez compris), d’où remontent tant de souvenir et réminiscences de cette passion amoureuse à double-tête. Mais, admirée par Gounod, Saint-Saëns et même Chopin, la mezzo le savait bien : si elle a été tant aimée, c’était moins « pour sa beauté que pour son art». Et surtout, si elle a tant donné dans l’incarnation de ses rôles à l’opéra, c’est sans doute car elle n’était « pas faite pour la vraie vie ». Et d’ailleurs, une fois les deux élus de son coeur partis, pouvait-elle seulement continuer, la « vraie » vie ? En donnant tout son amour à la musique, peut-être que oui…
La musique, dont les Chopin, Liszt, Tchaikovski, sont quelques-uns des noms les plus connus. Et eux aussi sont plus en vie que jamais, là, dans ce salon cosy, où leur œuvre atemporelle se trouve magnifiée sous les doigts d’un magicien-virtuose de la chose pianistique.
Son nom : Denis Pascal.
Sa caractéristique : joue avec un égal bonheur un nocturne, une mazurka, des études ou des préludes.
À lire également : La vie extraordinaire de Pauline Viardot
Un récit raconte-t-il l’amour, d’un côté ? En retour, son jeu à lui dit aussi une forme de tendresse et d’affection, une sérénité baignée dans la douceur des sentiments. S’agit-il de dire davantage de tourment, de colère ? Alors le jeu se fait plus vif, les nuances plus charpentées, les mains plus agitées. Mais toujours un même magnétisme opère qui, à côté d’une voix parlée mais au fond si chantante, fait précisément parler le piano, comme si l’instrumentiste lisait des lettres d’amour, lui aussi. Alors non, personne n’est mort et rien n’a disparu. Pauline, Louis, Ivan, Frédéric, Franz, Camille… Tous sont plus présents que jamais dans ce spectacle comme une tendre parenthèse qui, assurément, ne pouvait trouver meilleur cadre que ce cocon vichyssois où la musique, l’art et la passion ne font qu’un.

