CONCERT – Ce dimanche 2 mars, la Philharmonie de Paris proposait un programme singulier, mêlant des œuvres de Joe Hisaishi à celles de Ravel, en hommage aux 150 ans du compositeur français. Un pont entre deux univers musicaux que tout semble opposer. Et pourtant…
Mais l’événement a connu un imprévu de taille : Joe Hisaishi, initialement prévu à la direction, a dû renoncer à cause de problèmes de santé. C’est donc la cheffe Barbara Dragan qui assure la direction au pied levé, offrant une prestation saluée.
Hisaishi, sans Miyazaki
Le programme s’ouvre sur l’Adagio de Joe Hisaishi, suivi de son Concerto pour harpe, magistralement interprété par Emmanuel Ceysson qui joue comme un possédé, offrant une maîtrise totale de son instrument. Son jeu oscille entre délicatesse et puissance, captant toute la profondeur de l’œuvre. Commandé par la Los Angeles Philharmonic Association, sous la direction artistique de Gustavo Dudamel, ainsi que par l’Opéra National de Bordeaux, la Philharmonie de Paris et le Singapore Symphony, ce concerto résonne avec une ampleur et une intensité rare.
La Valse, envoutante
Après l’entracte, place à Maurice Ravel et sa Valse. Dite « in-dansable » tant elle joue sur des ruptures et des dissonances, l’œuvre est ici interprétée avec force par l’Orchestre National Bordeaux Aquitaine. Barbara Dragan, d’une gestuelle à la fois précise et sensible, magnifie cette déliquescence musicale où chaque harmonie semble vaciller avant de retomber sur ses pieds.
Kiki, ensorcelante
Le concert se termine sur une note pleine de surprises avec la Suite symphonique de Kiki la petite sorcière. L’orchestration s’enrichit d’un accordéon et d’une mandoline, ajoutant une touche inattendue à cette partition à la fois enfantine et d’une richesse orchestrale fascinante. De la légèreté insouciante aux vagues orchestrales plus dramatiques, cette suite déploie toute la palette de Hisaishi, oscillant entre candeur et sophistication.
Et la magie fût
Il est presque impossible de mettre des mots sur la magie de la musique de Joe Hisaishi. Elle repose sur un équilibre subtil : une base de musique occidentale, des mélodies délicieusement enfantines qui s’épanouissent en grandes vagues orchestrales, s’intensifiant peu à peu jusqu’à des éclats sonores grandioses. Tout cela est conçu pour accompagner les films parmi les plus beaux du cinéma japonais, résultat d’une collaboration ininterrompue avec Hayao Miyazaki depuis 1984.
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Si le public parisien a regretté l’absence du compositeur, il pourra se rassurer : la Philharmonie de Paris et l’Opéra National de Bordeaux sont déjà en discussions avec Hisaishi pour organiser un report dans les saisons à venir. En attendant, ce concert, même sans sa direction, restera comme un moment rare où deux grands créateurs se sont côtoyés, le temps d’une soirée.

