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Le Poème Harmonique ramène l’Espagne au Château

CONCERT – Cette soirée à la Chapelle de la Trinité est l’occasion de découvrir la programmation de la nouvelle direction du lieu, repris par le Concert de l’Hostel-Dieu et le collectif de musiques contemporaines Superspectives. Entre minimalistes et anciens, cette saison a le mérite de réunir des artistes de « musiques baroques et irrégulières » dans une chapelle de la Trinité illuminée avec goût, mettant en valeur les généreux volumes et les nombreuses statues au fond du chœur.

En l’occurrence, ce concert assuré par l’ensemble de Vincent Dumestre Le Poème Harmonique est principalement consacré aux compositeurs espagnols de la cour de Louis XIII, en particulier Luis de Briçeño.

Luis de Briçeño : Késako ?

Quelques pièces de compositeurs français inspirées par ce style espagnol, comme Etienne Moulinié et Henri de Bailly, viennent parachever cette construction musicologique fouillée et très intéressante. Comme l’a précisé Vincent Dumestre lors d’une intervention pendant le concert, Luis de Briçeño a quitté sa Galice natale pour s’installer à Paris dans le but d’introduire la musique traditionnelle espagnole à la cour. Tâche pour le moins colossale, le style français étant bien loin de celui des españoletasvillanos, chaconas, zarabandas, et hachas qui font alors le sel du répertoire espagnol.

L’une des particularités de ce répertoire est qu’il est lacunaire. Les tablatures pour guitares sont souvent imprécises, sans mélodies mais avec des strophes pour pouvoir se remémorer le texte. Le compositeur explique dans l’une de ses préfaces que ses tonos humanos ont infusés la mémoire collective, la mélodie n’a donc pas besoin d’être rappellée. Cela rend la redécouverte de ces pièces plus complexes, défi que Vincent Dumestre a relevé bravement. Le guitariste et chef d’ensemble a retrouvé ou composé les mélodies chantées par Isabelle Druet, et a inséré force couplets instrumentaux au violon ou à la viole, réécrits plutôt qu’improvisés.

Tapas vocales

L’élaboration d’un tel concert pose certains défis, relevés avec finesse. Ces pièces, toutes très courtes, s’enchaînent avec fluidité, passant d’un affect à l’autre avec contraste et souplesse. Les pièces vocales et instrumentales s’alternent, mais avec une présence marquée des parties instrumentales tout au long du concert. Parti pris intéressant et pas si étonnant venant d’un insrumentiste, mais presque frustrant quand le dit concert prennd la forme d’un récital dans le disque enregistré en 2011 chez Alpha.

© Alpha Classics

La reconstruction de ces pièces et leur interprétation par l’ensemble posent questions. La présence de la contrebasse, la réalisation du continuo en pizzicato à la viole de gambe, le style des diminutions au violon et le jeu des percussions peuvent déranger les plus puristes de l’interprétation historiquement informée des musiques anciennes. Mais si on voit ce concert par le prisme d’une réinterprétation et d’une rééciture par Dumestre de musiques du 17ème siècle pour la « remettre au goût du jour », l’effet a un succès certain sur le public clairsemé mais enthousiaste de la Chapelle de la Trinité.

Isabelle Druet : suave duende

La mezzo-soprano Isabelle Druet brille par sa présence sur scène. Le public est captivé par chaque syllabe chantée et chaque note vibrée. Sa voix lyrique est large et ample, remplissant facilement la chapelle de son timbre généreux. L’étendue des nuances joue avec l’acoustique du lieu autant qu’avec les variations d’instrumentations du continuo. Les nombreux couplets sont déroulés avec beaucoup de maîtrise : Isabelle Druet a l’expérience de la scène. La théatralité est toujours présente, mais malheureusement parfois en déconnection avec le texte. Les pièces tristes et calmes sont alors les plus convaincantes, comme Ay que mal ou Lloren mis ojos, où les émotions simples et directes transparaissent sans vernis superficiel. Les pièces plus dynamiques sont très denses, efficaces et rythmiques, mais l’essence de l’écriture de Briçeño se perd régulièrement dans un fouillis instrumental.

© Nemo Perier-Stefanovitch

Le Monologo de Sigismundo (La Vida es un sueño) de Calderón de la Barca est récité en milieu de concert. Le travail de mémorisation et d’interprétation est visible, même si des imperfections de prononciation y transparaissent plus que dans les pièces chantées. Les non hispanophones seront certainement passés à côté, mais certaines voyelles sont bien prononcées à la française et les accents toniques, si marquants dans la langue castillane, manquent souvent à l’appel alors qu’ils sont le rythme même de la langue.

Hablas español ?

Il est à regretter que le public n’ait pas eu les textes chantés dans le programme de salle (ou pas de programme tout court) : la théatralité de la mezzo soprano aurait eu bien plus de sens et le concert n’en aurait été que plus captivant.

À lire également : Bordeaux fait la cour au Poème Harmonique, avec Adèle Charvet

Soirée constratée, enjouée et intense, ce concert du Poème Harmonique confirme cette place particulière au sein du paysage français des musiques anciennes, grâce à cette redécouverte de Luis de Briçeño et de la réécriture de ces répertoires oubliés…

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