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Gil Shaham à Aix-en-Provence : cacher la profondeur. Où ça ? En surface !

CONCERT – Le Grand Théâtre de Provence réunit l’Orchestre philharmonique de la NDR de Hanovre, sous la direction de Stanislav Kochanovsky. Au violon Gil Shaham, dans un programme Brahms et Tchaïkovski, entre profondeur concertante et rigueur élégante.

Le Concerto pour violon de Brahms, composé en 1878 pour le virtuose Joseph Joachim, allie virtuosité et expressivité : deux qualité essentielles du soliste depuis l’invention du concert moderne, dont Gil Shaham fait l’ardente et urgente démonstration.

L’art d’écouter entre les notes

L’engagement physique est palpable, l’interprète se tournant résolument vers la gauche, pour exprimer l’intériorité. Il use d’un phrasé vibrant et soutenu, comme une voix dans la confession sensible, perçant les textures complexes de l’orchestre, long fil du soi. Cette intimité va jusqu’à entrer dans l’espace même du chef et de sa gestuelle, comme si le violoniste venait y inscrire son jeu, au plus près de la partition. Quand il se dirige vers la droite, sa ligne est comme une chanson qui vient réveiller tous les matins du monde. L’extériorité virtuose montre combien la musique de Brahms gravit des montagnes, à la force du poignet, pour se tenir au-dessus des nuages. Le soliste se dirige vers les hauteurs en emportant, avec son archet, de la chair sonore. La musique ploie et se relève, le corps de l’interprète se donne comme une offrande à la musique ; il se penche vers elle, entourant souplement son violon. Le violon de Shaham respire : il absorbe et redéploye la musique.

© NDR, Micha Neugebauer

Le jeune chef russe Stanislav Kochanovsky, chef principal de l’Orchestre philharmonique de la NDR de Hanovre, fait également une offrande, mais cette fois au soliste, à qui il confie quasiment sa baguette. Il se veut médiateur, intercesseur, avec beaucoup de subtilité et d’humilité. Il se pose sur l’âme du violon, pour en retirer les lenteurs et les silences suspendus, puis en insuffler la dynamique secrète à l’accompagnement. L’Orchestre répond au duo soliste-chef avec une précision millimétrée sur le plan rythmique, une science du dosage sur le plan du timbre et de la dynamique. Dans la Suite orchestrale n°3 de Tchaïkovski, Kochanovsky se retrouve seul face à un orchestre, comme devant un miroir. Il y a des éclats concertants dans cette Suite, avec un hautbois puis un violon, humblement dépositaires de l’essence spectaculaire et virtuose de l’orchestre. La gestuelle du chef, est ronde et fluide, caressant les moments intimes dans lesquelles le compositeur dépose les blessures de son âme.

Élégance en surface, drame en profondeur

Il y a également de la joie retenue dans le Brahms de Gil Shaham, dont le jeu produit un son lumineux et homogène. Les poussés et les tirés de l’archet qui caressent de manière semblable la chair du son, sont également chantant, sans cicatrice ni rugosité. Le violoniste, souriant, semble danser avec l’orchestre. Une dimension chorégraphique et hypnotique s’attache aux appuis sur la touche de sa main gauche. Le chef détaille les textures afin de les rendre lisibles, d’en préciser les contours, davantage du côté du dessin que de la matière. Une noble et élégante contenance habite et habille ses gestes et ses phrasés, comme s’il souhaitait, sous l’autorité du soliste, trouver la simplicité de la vérité musicale et la mettre à couvert, pour mieux la protéger.

© Marco Borggreve

Dans la Suite de Tchaïkovski, cette contenance élégante, propre à un ensemble de radiodiffusion rompu au spectacle médiatique, permet à l’orchestre d’exprimer la clarté, la délicatesse et la vivacité de la partition. Les pupitres des cordes, au travail de la justesse et de l’unité, témoignent de la solidité de tout l’orchestre. Les sections les plus rythmées de la Suite font resplendir les cuivres et les percussions. La direction de Kochanovsky palpite et oscille, entre grâce et élégance, de sa grande main d’ivoire, et autorise l’envol éclatant des instruments, comme si la musique se tenait au bord d’une falaise ou à la frontière de l’inconnu.

À lire également : Gil Shaham, l’art du virtuose

Ses bras effectuent des grands jetés chorégraphiques vers telle ou telle section ou se replient en signes minimaux, dans la jubilation de la syncope et du contretemps. Il se montre totalement dans son élément quand vient, enfin, la fugue, écriture de l’équilibre et de la mesure, de la profondeur comme de la surface… qui semble être présente en filigrane depuis le début du concert. Aussi, à peine est-il besoin d’en indiquer les entrées. Ultime offrande du chef à la musique.

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  • J. BrahmsConcerto pour violon en ré majeur
  • P. Ilitch TchaïkovskiSuite n°3 en sol majeur
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