CONCERT – Au théâtre Benoit XII, l’Orchestre National Avignon Provence propose un concert participatif intitulé « Le menu symphonique de Monsieur Haydn » conçu et interprété par le comédien Guillaume Hermen et le chef d’orchestre Flavien Boy.
Bars à lapins, salons de thé, prêt à porter, ou encore Karen’s dinner où les clients payent pour se faire insulter : ces derniers temps les idées loufoques en matière de restauration ne manquent pas… L’orchestre propose ce soir encore un nouveau concept : le restaurant symphonique.
Un restaurant « concept food »
À la fois chef d’orchestre et chef de cuisine, Flavien Boy assortit la toque à la que de pie pour un look des plus détonants. Le service est assuré par Guillaume Hermen qui présente le concert en maître d’hôtel. Ils doivent, avec l’orchestre et avec le public, relever de défi de trouver une recette musicale qui plaira à une mystérieuse comtesse. Ils s‘appuieront pour cela sur un ancien grimoire qui indiquera les étapes de la procédure : l’écriture de la mélodie à partir d’une note base et de l’intention souhaitée, le choix des harmonies avec la composition des accords, l’accompagnement puis l’orchestration.
Le danger des concepts est d’y perdre l’idée principale dans un montage sophistiqué. Ici, la multiplicité des interventions et des allers-retours du comédien a tendance à brouiller le message. Mêlant concept métaphorique sur la cuisine, gags plus ou moins réussis, interventions du public, interludes orchestraux, intervention d’une machine lisant dans l’esprit du chef d’orchestre, et brides d’éléments pédagogiques sur la composition… le goût de chaque ingrédient se dissout dans un ragout un peu chargé.
Haydn en « Do it Yourself »
À l’aide d’un formulaire distribué en début de soirée, le public est appelé à proposer un arrangement, en associant les ingrédients lui-même : un thème principal issu d’une symphonie de Haydn (Mer troublée, Lamentation ou Militaire), un procédé d’accompagnement (notes répétées, basse d’Alberti, homorythmie ou ligne de basse) et une orchestration. Une fois les formulaires relevés, certains sont proposés à l’orchestre qui les exécute pour étudier un panel de combinaisons possibles, jusqu’à finalement effectuer celle de Haydn. L’orchestre livre une interprétation bien coordonnée, toute en rondeur et en souplesse, comme une pâte bien pétrie sous la gestuelle déliée de Flavien Boy.
Ceci dit, les premiers amuses-bouches manquent un peu de sel, et les quelques gourmets venus pour en apprendre plus sur le nom alléchant de Haydn risquent de rester sur leur faim. Malgré une dramaturgie bavarde, presque aucune information ni anecdote n’est clairement évoquée sur le compositeur, pas plus que sur les œuvres dont sont tirées les fragments présentés (Symphonies 26, 39 et 100 en particulier).
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Ce nouveau format de cuisine innovante s’avère donc prometteur pour familiariser le public avec l’orchestre et les bases de la composition mais il mérite encore d’être travaillé pour équilibrer et surtout identifier les saveurs avant d’être inscrit sur les guides les plus prestigieux.

