FESTIVAL – Pour ce troisième concert du Festival Beethoven à Beaune, la Lanterne Magique, une salle intime et méconnue même des locaux, s’est transformée en véritable ring musical. Au programme, un affrontement en trois rounds entre la rigueur dramatique allemande et la sensualité lyrique française, arbitré avec élégance par Inmo Yang (violon), Charles Richard-Hamelin (piano), Sung-Won Yang (violoncelle) et le très éloquent Quatuor Hermès.
Premier round : Clara Schumann monte sur le ring (malgré Robert)
Clara Schumann avec son Trio en sol mineur, Op.17. L’anecdote croustillante de la soirée ? Robert, son cher époux, aurait déclaré que les femmes ne devraient pas composer, ce qui n’empêcha pas Clara d’écrire une œuvre capable de faire rougir bien des compositeurs masculins. Sur scène, Sung-Won Yang, véritable maître de cérémonie, défend une partition à la fois tendre et vigoureuse. Son violoncelle, tour à tour affectueux et combatif, rend justice à une compositrice trop longtemps restée dans l’ombre. 1-0 pour Clara, à l’unanimité.
Deuxième round : Ombre et lumière avec Robert Schumann
Robert entre dans le combat avec sa Sonate pour violon et piano en ré mineur, Op. 121. Cette fois, le conflit est intérieur, marqué par des contrastes saisissants entre une lumière éblouissante et une obscurité profonde, à l’image d’un Schumann prisonnier de sa maladie mentale. Inmo Yang et Charles Richard-Hamelin s’emparent de cette œuvre oscillant entre rêve et angoisse avec une complicité subtile. Un duo digne des grands stratèges, alternant tension dramatique et douce introspection. Schumann, décidément complexe, égalise avec panache.

Round final : Chausson ou l’art français du lyrisme
Le Concert pour violon, piano et quatuor à cordes Op.21 d’Ernest Chausson entre en jeu avec un parfum tricolore indéniable. Là où les Allemands construisaient une architecture musicale dense, Chausson laisse s’épanouir des mélodies et harmonies avec une exubérance typiquement française. Le Quatuor Hermès donne le ton par une sonorité précise, transparente, dépourvue de toute réverbération superflue, mettant à profit l’acoustique presque magique de cette salle confidentielle.
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Inmo Yang et Charles Richard-Hamelin entament un dialogue passionné avec le Quatuor Hermès, naviguant entre sensualité sonore et expressivité ardente, démontrant avec force que la musique française sait aussi porter des coups décisifs lorsqu’il s’agit d’émotions intenses. Avec une élégance très française, ce vol lyrique et sensuel met K.O. la rigueur germanique.

Verdict : victoire du plaisir
Aucun vainqueur officiel dans cette joute musicale. Ou plutôt si : le public, conquis unanimement par ce duel franco-allemand d’où chaque participant sort grandi. Les applaudissements chaleureux et sincères concluent avec gourmandise cette soirée de rivalités fraternelles. Qui a dit que la musique de chambre n’était pas un sport de combat ?

