COMPTE-RENDU — Sous le Dôme des Grandes Écuries du Domaine de Chantilly, le week-end « Coups de cœur » consacré au hautboïste François Leleux s’achève comme une élégante reprise de haute école. Entre Mozart et Beethoven, les musiciens font danser les lignes musicales avec autant d’allure que les chevaux auxquels ce palais était destiné.
En ce dimanche écrasé de chaleur, les Grandes Écuries offrent une fraîcheur bienvenue. Il faut traverser la spectaculaire nef, longer les boxes des étalons et poneys impeccablement toilettés, avant de rejoindre le manège transformé en salle de concert. Sous les hautes voûtes du Dôme, le public entoure les artistes sur trois côtés, observé par les grands cerfs sculptés dominant l’abreuvoir monumental devenu décor de scène. Le lieu impressionne autant qu’il impose ses règles : l’acoustique, ample et réverbérée, exige des musiciens une précision d’équilibre et une maîtrise du souffle quasi-équestre.

Premier trot
Pour ouvrir l’après-midi, la violoniste Sayaka Shoji, l’altiste Mathieu Herzog et le violoncelliste Marc Coppey prennent les rênes du Divertimento pour trio à cordes en mi bémol majeur de Mozart.
Après quelques instants d’adaptation à l’espace sonore du manège, le trio trouve une élégance très naturelle. Les lignes se déploient avec souplesse et clarté, dans un esprit presque mondain qui convient parfaitement à cette œuvre écrite pour le plaisir du partage. Le Menuetto allegretto apporte quelques accélérations plus fougueuses, comme de légers coups d’éperon venant réveiller l’attention de l’auditeur. On aurait parfois souhaité davantage d’audace ou de contrastes, mais le raffinement du geste reste constant.
François Leleux au grand galop
Le véritable moment de grâce arrive avec François Leleux, entouré de Marc Coppey et du pianiste Iddo Bar-Shai, également directeur artistique du festival. Dès les premières mesures du Trio avec piano n°4 « Gassenhauer » en si bémol majeur de Beethoven, la musique change d’énergie : le discours devient immédiatement plus incarné, plus vivant, presque théâtral.
François Leleux possède cet art rare d’entraîner ses partenaires avec lui. Par le regard, par le souffle, par une gestuelle toujours engagée, il donne à la musique un mouvement permanent. Même le violoncelle semble gagner en grain et en présence à son contact. Les passages tendres se déploient avec une chaleur savoureuse, tandis que les épisodes plus espiègles prennent des allures de jeu élégant entre cavaliers virtuoses.
Une chevauchée sans accroc
Le Quatuor pour hautbois et cordes en fa majeur de Mozart confirme cette impression d’évidence musicale. Le hautbois de François Leleux impressionne par la longueur du souffle, la noblesse du timbre et cette capacité à faire chanter chaque phrase avec une souplesse presque animale, comme un cheval parfaitement dressé répondant à la moindre impulsion.
Longuement applaudis, les cinq chambristes offrent en bis l’Adagio de la Sérénade pour vents « Gran Partita » de Mozart, en hommage à Monsieur Pierron, professeur de hautbois à Roubaix disparu le 13 mai. Une ultime révérence pleine d’élégance et de tendresse, avant que le silence ne retombe sous les voûtes des Grandes Écuries.
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